A propos

Laurent Helye, docteur en Arts plastiques, poétiques et sonores, affilié à l’université de Rennes 2, au laboratoire de recherche PTAC (Pratiques et théories de l’art contemporain) explore la faune et la flore des processus poétiques, vidéographiques et sonores. Multi-instrumentiste au sein de plusieurs formations et ancien élève de Michel Chion, sa pratique sonore explore des préoccupations esthétiques proches des mouvements tels que la musique minimaliste, concrète et expérimentale. Rédacteur pour les « Archives de la critique d’art », il est également l’auteur du livre « Film de famille : de l’archive privée aux souvenirs partagés ». Son ouvrage dresse une théorie d’un cinéma qui prône la plasticité de l’image plutôt que les phénomènes diégétiques.

Site de Michel Chion : http://michelchion.com/

L.H : C’est au cœur de l’été 2012 que s’éveilla en moi la passion pour la création vidéographique, lorsque ma mère me confia la tâche délicate de numériser les fragiles pellicules familiales, témoins silencieux des années cinquante, sorties tout droit des archives cinématographiques de mon grand-père. Peu après, un grand-oncle, à son tour, voulu pérenniser ses précieuses bobines, désireux de les voir renaître sur un support plus moderne, grâce à une plateforme en ligne. Si le rendu visuel ne combla point ses attentes, il choisit, pour animer ces images muettes, de les parer d’une bande-son de musiques classiques, insufflant ainsi à sa propre histoire une dimension artistique et mélodique. Ces deux expériences, empreintes des défis de la numérisation, m’ont révélé avec éloquence l’impérieuse nécessité de préserver un tel patrimoine, fragile héritage entre mémoire et création…

Photo de Thomas, Instagram : thomassurlesroutes

L.H : C’est en cela que, à l’instar des cinémathèques françaises qui font un travail immense d’archivage, je vois ma démarche vidéographique également comme une méthode alternative de préservation. Celle-ci consistant à injecter des œuvres privées dans des sphères artistiques publiques. En effet, acclimater ces images privées dans un contexte muséal, c’est les soumettre à de nouveaux regards et par conséquent les re-dynamiser. Cette transposition ne se limite pas à une simple valorisation esthétique ; elle participe d’une re-contextualisation critique, où l’intime devient un objet de réflexion collective. En inscrivant ces archives domestiques dans un cadre artistique, elles cessent d’être de simples témoignages familiaux pour accéder au statut d’œuvre esthétique et culturel. Leur exposition publique invite alors à une double lecture : celle de leur origine privée, chargée d’une mémoire subjective, et celle de leur réception actuelle, soumise à une interprétation sociétale et une appréciation artistique plus large. L’idée étant toujours de questionner artistiquement la porosité entre une mémoire individuelle et un récit collectif. Ainsi, au-delà de leur préservation matérielle puis numérique, ces images acquièrent une seconde vie symbolique, interrogeant les frontières entre patrimoine intime et héritage partagé.

L.H : En 2015, mon mémoire universitaire de master avait pour sujet le Super 8. « Super 8 : Une source discursive et spirituelle. » Présentement docteur, ma thèse d’arts plastiques s’intitulait :

« Film de famille : Recherche sur les modalités d’un récit chronographique »

Publication de ma thèse : « Film de famille – De l’archive privée aux souvenirs partagés » 2021″

Lien vers le livre :

https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/film-de-famille/8507