
Les sons, ces tas d’ondes difficilement saisissables, d’où la musique expérimentale est un rêve que les oreilles font à tympan fermé et ou le marteau anatomique manque de peu l’étrier. Et, délimitant le bruit, il y a les frontières du silence… Jouer du silence, c’est sculpter l’invisible aux burins sur des cumulus. Pendant que les circuits analogiques et les bandes magnétiques conversent avec les spectres de fréquences analogiques oubliées. Les accords dissonants deviennent des portes ornées entrouvertes sur un monde où les couleurs chantent et sont encores libres cherchant des choses sur lesquels se placer. Le bruitiste, dans ce monde, est égal au jardinier qui cultive des plantes sonores et métalliques au creux du terreau du silence. Enregistrer le son d’une pensée, c’est déjà penser ce son, c’est aussi capturer l’ombre d’un oiseau dont le chant n’existe pas encore mais le nid y est déjà fécond. Les partitions sont écrites en encre invisible et les musiciens les jouent d’ailleurs, les yeux fermés. Les delays sont des Ouroboros qui manquent de se mordre la queue et vomissent des sons tellement il tournoient dans le vide en quête de leurs propres silences. Faire de l’improvisation libre, c’est comme marcher sur une corde désaccordée mais toutefois raide et bien tendue au-dessus d’un abîme de silence… sans savoir si cette corde tendue entre deux vides existe vraiment. L’expérimentation sonore est un arbre d’ondes dont les racines sont les divagations de l’intention et la cime, son expression véritable. Chaque feuille est la résultante d’un essai car chaque ramification en est une tentative sonore…