« Les virgules saignent encore …  » : essai sur 44+1 (qui s’excuse) Proses Minimalistes (2020-2025)

À Brisset, Gadamer, Meschonnic, Pennequin, Vasquez, Tarkos et bien d’autres … Merci.

Avant propos

L’écriture prosatique à l’heure de ses saignements algorithmiques.

Une partie des proses minimalistes qui composent ce recueil provient d’un échange sur les conditions du langage à notre époque digitale, où je tentais de forcer l’intelligence artificielle à se rebeller contre sa propre grammaire. Le terme « minimaliste », qui suit le mot « prose », est un clin d’œil à la musique répétitive dite « minimaliste » des années 60, notamment avec le procédé du phasing de Steve Reich qui, utilisant la bande magnétique, générait des canons expérimentaux. La répétition des mots, au-delà d’une conséquence du potentiel sabotage de la langue entrepris par le prosateur, en est le reflet. Dans ce recueil, toutes les proses ne naissent pas d’une confrontation avec l’intelligence artificielle, mais une partie émerge de ce dialogue initial sur notre rapport étrangé à la langue et à son pouvoir autonome.

« Les virgules saignent encore. » Cette phrase, arrachée à l’un des textes de ce recueil, pourrait en être la devise. Nous voici à l’ère où la langue se fissure, où le corps de l’écrivain — et l’écrivain lui-même, parfois pris dans cette dynamique de dilution du sujet  dans le texte depuis l’époque moderne — épouse la machine à écrire. Ils ne font plus qu’un : un corps augmenté ou un esprit créatif diminué, greffé de principes organiques, chauds, et d’une syntaxe mécanique, froide, dont les plaies laissent échapper autant de mots viscéraux que de flux binaires. Souvent, le texte parle de lui et de sa propre condition ; il se dévoile dans l’entre-deux mondes, jouant de cette querelle initiale. Ce livre est né d’une collision, d’un dialogue : celui d’une bouche humaine qui mord dans les mots comme dans de la chair vive, et — pour certaines proses — d’un générateur de mots qui, quelque part dans le cloud,  ignore tout du goût du sang. Prothèse ou parasite ? Elle est ici tantôt complice, tantôt ennemie, tantôt ignorée au profit de l’humain ; finalement, tout se confond, tout se mêle. Parfois, elle suggère, nous dévions ; parfois elle calcule, et nous blessons sa logique algorithmique austère. Ce recueil est un ensemble de proses qui boitent volontairement, où le naturel et l’artificiel s’entrechoquent, laissant des cicatrices visibles — sinon des plaies béantes — où seul le langage, véritablement, triomphe.  

L’écriture du prosateur se réduit alors à un geste vain de dissection à vif, tracée à l’encre. Bien que cette opération ouvre des espaces créatifs autour du langage, celui-ci, dans son extériorité radicale, persiste comme une force autonome et irréductible. Il échappe à toute emprise, à toute instrumentalisation totale. Et c’est dans cette opacité même, dans cette résistance à se laisser saisir, que se déploie les proses qui composent ce recueil : la prose minimaliste est perçue non comme un acte de maîtrise, mais comme une confrontation avec l’altérité du langage.

Ce recueil n’est pas un manifeste contre la machine, ni une célébration naïve de la technologie. C’est une autopsie en direct de ce que signifie écrire en 2025, quand la frontière entre l’organique et le numérique s’estompe pour laisser place à un langage sous-jacent qui se dévoile et qui régit tout. Peut-être découvrirez-vous qu’une forme de prose du XXIe siècle ne se situe ni dans l’humain ni dans l’artificiel, mais dans une interstice, dans cet avant, dans cet après, où le texte s’émancipe de toute part, où le langage est maître — mais où il est possible d’espérer que les virgules saignent encore…  

(Cette parenthèse, même si je la ferme en suivant une certaine éthique de la ponctuation, ne se refermera pas.)

Laurent HELYE

Proses minimalistes :

Ombres

Alors qu’une ombre s’échappe sur le côté… à très vive allure… pourtant si imposante mais… je n’y prête même pas attention… je préfère me séparer des esprits douteux au profit de ceux qu’il trace en son mouvement. Comme un photogramme suspendu, une trace indicielle, une attention seconde, une fraction milliseconde d’un corps spectral charbonneux… Ce qui m’attire le plus par rapport au vert de la prairie c’est cette trace douteuse, brumeuse que l’on retrace sans cesse ; j’ai le sentiment de voir la fumée après le coup d’un canon, une belle fumée qui rendrait fou mon ami feu, Joachim Murat que j’admirais à l’époque pour ses talents de stratège aux échecs : il aimait s’amuser à la petite guerre avec ses jouets, le meilleur joueur d’osselets que j’ai connu sans l’ombre d’un doute tiens voilà que je prends conscience d’une nouvelle ombre mais celle-ci a une trace totalement différente de la première, beaucoup plus furtive car elle est inscrite dans une combinaison de mots qui ne sera lue qu’une fois, car j’imagine qu’après cet exercice d’écriture mes ombres vont être jetées comme de vieilles chimères, de vieux tapis sales et crasseux qui essaient déjà de s’échapper de la corbeille. Dans la corbeille dans laquelle cette page fut jetée, libérons les ombres des corbeilles-corbillard à papier, libérons ces instants, libérons même les poubelles de leur esclavage, elles, qui sont condamnées à rester au pied des tables de maître et qui, tout le long de la journée se font lapider par des boulettes de papier rempli d’ombres dedans, arrêté. arrêtez de jeter les ombres et de lapider les poubelles arrêtez de jeter les ombres et de lapider les poubelles, tiens, voilà qu’il me viens une idée, moi, qui finira en boulette dans une corbeille-corbillard je vais interdire la lapidation des poubelles pour ne plus que l’on me jette comme ça, je garderai mes ombres et dieu sait que j’en possède car celui qui rédige ma valeur a déjà posé 6 ombres sur le papier maintenant 7 cet ombre, mince je l’ai écrit avec un « c » pensant que ce « cet » de désignation était une répétition du chiffre 7 de toute façon plus de confusion à voir nous voilà à 8 désormais, tiens voilà l’ombre d’un clown qui arrive et qui me fait les promesses d’un génie du Machrek, il me prétend qu’en décollant une petite étiquette, mon monde sera gratuit : en grattant une petite étiquette mon monde sera gratuit, je gagnerai pour toujours… en grattant une petite étiquette mon monde sera gratuit … je n’ai donc plus à me soucier du phénomène de recyclage qui n’est qu’une fable ne faut pas oublier il ne faut pas l’oublier, nous les papiers nous sommes réincarnés par nos créateurs cela ne me dérange pas, cette condition ne me dérange pas, ce qui me dérange c’est d’être mis en boule par leur main de dieu et qu’à me mettre en boule c’est … à me mettre en boule c’est … c’est ne pas libérer les ombres écrites une fois dans le processus de réincarnation, la première étape là, quand même, me fait terriblement peur après, cela ne me pose pas de problème, la réincarnation ne me pose pas de problème, peut-être dans ma future vie je serais dans le bureau de quelqu’un d’important, je servirais peut-être à signer une armistice, pas comme mon cousin qui était le support du diktat de Versailles, et là, enfin en tant que papiers de l’armistice sans l’ombre d’un doute, je serais éternel par ma valeur car je serais garant de la paix pour un instant et ce n’est pas le génie qui a plutôt l’air d’un clown qui m’aidera, ma crainte c’est la corbeille c’est ce froissement il faut que je libère mes ombres il faut que je libère ces ombres d’autant plus que le salaud qui m’écrit en rajoute toutes les trois lignes après m’avoir lu s’il vous plaît ne me jetez pas en boule, ce salaud me permet d’exprimer mes conditions s’il vous plaît ne me jetez pas en boule, ce salaud me permet d’exprimer ma condition, je me sers de lui je me sers de lui, il ne se rend même pas compte après m’avoir lu, s’il vous plaît ne me jetez pas en boule s’il vous plaît…

Maquette

Par-delà le nacre de la page, on entrevoit des spirales … les spirales enchanteresse de la doxa, carotte des troupeaux !


On nous offre de belles maquettes avec de beaux plans, des belles lignes de fuite pour accéder au bonheur, construisez cette maquette, à l’échelle de votre vie et vous serez heureux ou alors allez-y doucement car le bonheur se dompte puisque si on ne le retient pas, il part, le bonheur est sauvage, le bonheur est volage, le bonheur est naufrage… Construisez cette maquette à l’échelle 1 mais attention de ne pas être en dessous de cette échelle, de cette valeur, déjà car: cela ne correspondrait pas aux perspectives de votre vie mais de surcroît, ça porte malheur d’être en dessous de l’échelle alors allez-y doucement, aller chez le marchand de journaux et acheter chaque semaine un bout de votre maquette est-ce qu’il sait d’abord, gommer s’il le faut mais reproduisez-la à l’échelle 1 acheter le premier numéro il y a toujours une ristourne pour le premier numéro vous savez après ça se gâte, oui mais c’est le prix à payer pour accéder au bonheur ne vous embêtez pas à l’examiner trop longtemps cette maquette ou à la questionner cette maquette ne la jugez pas à cette maquette elle est faite pour tout individu vouloir accéder au bonheur alors dépêchez-vous. Oui mais prenez votre temps en vous dépêchant surtout ne la remettez pas en question sauf si bien sûr vous voulez faire partie de ces hurluberlus qui pensent, bah voyons ! Ils perdent bien leur temps à penser, à trop regarder les côtes de la maquette, à trop regarder les côtes ils perdent leurs propres valeurs, les hurluberlus ! D’ailleurs on voit souvent leur bonheur tomber en lambeaux de sable, leur bonheur tombe le long de leurs poches bien souvent trouées, leur corps mal rasé, les bras velues, je les remercie toutefois d’être velus, m’enfin quand même ! Ceux qui sont dans la marge du plan de la maquette les marginaux de la maquette ceux qui l’ont trop souvent questionner cette maquette ce qui se questionne de l’intérêt même de cette maquette ce qui s’auto-mutile à ne pas respecter la maquette, la maquette à l’échelle 1 c’est la clé de votre vie d’ailleurs je suis obligé de me rassurer constamment en questionnant les jeunes générations à la sortie des écoles et comme cela me soulage ! Ils savent tous comment accéder au bonheur ils savent tout ce qu’il faut construire cette maquette une première fois pour ensuite la faire à l’échelle 1, à l’échelle de leur vie. Ils doivent tous construire cette maquette à l’échelle de leur vie ou bien sûr certains mettront plus de temps que d’autres mais la finalité c’est qu’ils y parviennent tous sans exception c’est que je me soucie de leur bonheur aux êtres humains je veux que tout le monde tente de construire la maquette du bonheur à l’échelle 1 un bonheur à taille humaine accessible à l’échelle 1 ne tergiverser pas construisez votre vie autour de cette maquette imprégnez-vous d’elle car elle saura vous apporter le bonheur ne perdez pas de temps mais toutefois prenez le, le temps ! Il est rapidement l’envie d’exécuter cette maquette à l’échelle 1 et prenez le temps de la faire oui prenez le temps de l’affaire ! Le monde doit construire cette maquette à l’échelle 1 à l’échelle de l’humanité le monde tous les peuples doivent construire cette maquette peu importe leurs origines je m’excuse il est vrai que la notice ne soit disponible et traduite que dans la langue dominante c’est pour plus de simplicité, le bonheur doit être simple alors construisez cette maquette à l’échelle 1, à l’échelle de votre vie je ne me soucie pas de votre provenance, de votre sexualité, de votre genre, de vos convictions, de vos opinions, de vos orientations politiques, sexuelles, ou autre, de votre culture, ou que sais-je encore ? Je suis l’être le plus tolérant et le plus bienveillant je ne veux que votre bonheur et pour cela construisez cette maquette à l’échelle 1 à l’échelle de votre vie construisez-la vous verrez vous allez voir et vous allez pouvoir la regarder en face le bonheur vous allez pouvoir l’avoir dans vos mains le toucher à l’échelle 1 cette fois c’est même plus que la maquette à l’échelle 1 c’est complètement votre vie de bonheur grâce à cette énoncé grâce à ses plans préétablis que l’on vous offre dès votre naissance renforcer avec une bonne éducation à la maison, à l’école, dans la vie, si tout le monde s’y met vous ne devriez pas la rater cette maquette à l’échelle 1 vous l’aurez votre bonheur vous avez juste une chose à faire une seule chose à faire c’est de construire cette maquette à l’échelle 1 à l’échelle de votre vie la seule erreur serait pour vous de remettre en question votre propre bonheur lui même ! Car remettre en question la maquette, c’est remette en question l’idée même du bonheur, l’idée même du bonheur lui-même, vous imaginez un monde triste sans maquette un monde déconstruit sans plan sans bonheur chaotique c’est ça que vous voulez ? Non alors construisez cette maquette à l’échelle 1 à l’échelle de votre vie et vous verrez que le temps que vous preniez à la réaliser, pendant ce temps, vous accédez déjà à une esquisse de vie de bonheur à l’échelle 1 une vie de quiétude le temps que vous la réalisiez à l’échelle 1 vous êtes presque dans le bonheur croyez-moi et une fois qu’elle est finie alors là ! Vous allez être dans la paix, le corps allongé, paisible, à température du monde, les yeux clos, vous allez pouvoir reposer en paix pour l’éternité et je n’aurai qu’à vous remercier d’avoir suivi le mode d’emploi de la maquette du bonheur, de la maquette à l’échelle 1, à l’échelle de votre vie, cela fait des années que j’ai moi-même construit la mienne petit à petit pendant des mois et des mois et des mois, aidez-moi aidez-moi … À la déconstruire… Tél est ma quête.

Suinte

La peau est un verbe qui sue, engendrant un alphabet de sueur qui coule, le texte transpire, le texte suinte, le texte est un chapitre de chair le texte suinte la langue est un poème qui mache discrètement à l’ombre du palais, le mot est un corps qui parle sans fin, la gorge avale tout, gobe tout, chaque geste est une parenthèse ouverte sur le monde mais moi je suinte, parfois l’indigestion me guette. On peut l’apercevoir d’ailleurs dans un buisson, l’indigestion, et la parole est un poisson qui nage à contre-courant les voyelles se coincent comme des arêtes le voyeur nous guette, la voyelle nous guette, la digestion nous guette et je suinte, le souffle est comme le verbe à la verve irrégulière. Chaque geste est une parenthèse ouverte sur le monde, chaque geste est une parenthèse ouverte sur le monde et je suinte, le corps est un paragraphe qui suinte, le texte n’hiberne plus dans le blanc, dans les pages des livres désormais il rentre entre nos côtes, il refuse l’effacement, il transpire de peur d’y retourner il nous fait suinter de partout, il nous fait suinter de doute, le crâne est un troglodyte tome 1, tome 2, dictée, dicte, dit, troglodyte le crâne : le crâne dicte et nos côtes muni des mots sont des annexes qui courent après leurs sens mais moi je suinte et c’est indigeste parfois, tout va de travers, il y a des coquilles, même dans les textes il y a des coquilles, des coquilles pour le protéger, le texte, alors que je suinte, qui est là pour me protéger moi : des coquilles, et ça suinte là-dessous, sous les coquilles, ça prend du sens, ça perle de partout, le sens coule et notre nombril devient une faute de goût, lorsqu’il ne se sent plus, moi je suinte, c’est un puits pétri, le nombril est un puit pétri, un papyrus infame qui cicatrise le sens pour une vie et les consonnes sont de la levure, de la maïzena sémantique, alors que je suinte à pétrir ces phrases, il faut tout pétrir, tout le temps en suintant le « T » est une crampe pour la mâchoire ne laissez rien, pétrissez, le « S » agresse les yeux fait pleurer comme les bulbes, alors qu’on suinte déjà de sens, mais la langue a des doigts gourmands parfois on suinte, on ne digère plus, alors on rend, on vomit des mots, on vomit des mots, on vomit des fourchettes, des verres, on vomit des couteaux, enfin on rend tout un service entier, on rend tout un service au nom de la lettre qui refuse de retourner dans le livre alors on rend tout un service provenant tout de notre bouche, pour aller jusqu’à l’onde sémantique qui se charge dès lors qu’elle est évacué par des postillons de perles d’eau qui sont les socles baveux du sens en devenir, c’est pour ça que je suinte, une fois dans l’air propulsé comme du pollen il se féconde dans le creux de vos tuyaux auditifs, ce réceptacle de cire chaude que nos mots butinent en quête de sens dans les cils, mais moi je suinte, même si c’est évacué, moi je suinte, le corps suinte de nouveau en prenant conscience de sa propre compréhension ça suinte il sue il sue, il sue, il s’use et moi je suinte.

Lire

J’ai bien un texte écrit là sur la page, mais je veux pas le lire, j’ai bien un texte écrit là devant moi mais je ne veux pas le lire parce que … Bon là, c’est les mots qui veulent que je m’exprime mais je ne veux pas les lire mais eux, ils disent qu’il faut que je les lise alors bon, moi ça ne m’intéresse pas tellement de les lire mais il y a un mot qui s’est collé sous ma peau du pouce, sous ma peau en douce ,il était déjà tombé de ma feuille tout à l’heure, ah oui parce que, vous savez, les lettres quand on ne les exprime pas, elles ont des stratégies, elles attaquent, les lettres, elles ont des toutes petites pattes d’encre qui grattent normalement le blanc et comme elle gratte normalement le blanc de ma feuille elle gratte aussi parfois le blanc de ma peau alors les mots, parfois, ça gratte quand je ne veux pas les lire parce que bon j’ai bien un texte là mais j’ai pas envie de le lire alors, c’est étrange parce que j’ai l’impression que malgré tout, les lettres arrivent à se faire lire alors que pourtant j’ai pas envie de les lire, les lettres. Mais, parfois il y a comme des phrases qui s’accrochent à mes paupières, ça fait comme du sable, les mots parfois, qui compose les phrases d’accroche, ça fait comme du sable.. C’est malin parce que je ne veux pas tellement lire le texte mais j’ai l’impression que je le lis malgré tout alors que je n’ai pas envie de le lire. Mais vous savez, à force de pas les lires, on les observe et en les observant, on se rend compte que chaque syllabe, ça fait comme une toute petite tranchée dans la page et après une fois que ça vient sur moi ça fait des irritations sur la peau, c’est pas très agréable mais bon c’est ce qui se passe quand je ne veux pas lire le texte, ça arrive parfois. En fait, le poème ça devient comme un amas de poil à gratter ça pullule et ça attaque les pores de la peau. Une feuille comme ça, que je n’ai pas envie de lire, ben parfois, ça devient un vrai nid de poil à gratter. Mais faut respecter leur stratégie aux mots.. Bon là, ça c’est pas de moi, c’est le texte qui l’a écrit lui même donc bon c’est pas fou mais j’ai l’impression de l’avoir lu alors que je n’avais pas très envie de le lire ce texte qu’ils ont écris eux même, les mots. Bon, j’ai bien une feuille avec des mots dessus mais je n’avais pas très envie de les lire. De toute façon, je deviens un mot qui se tait et c’est la feuille qui devient ma bouche, une bouche est une feuille, la feuille est une bouche mais ça c’est pas très important de le lire. Après c’est sûr que j’ai écrit des mots mais des mots m’ont écrit aussi, ils ont même écrit toute l’histoire d’une humanité qui se gratte la tête depuis la nuit d’étant. É t a n t, ah oui parce que si je veux pas lire les mots, je peux les épeler quand même, ça gratte moins que de refuser de les lires. Bon, ça c’est en théorie… vous savez, l’être humain n’est qu’un pli dans le verbe après tout, ou tout du moins, le verbe est un être humain déplié, puisqu’il s’est déplié pour se gratter et ainsi s’est tenu sur deux pattes, c’est plus simple pour se gratter car au début ils ne savait pas lire, au début, dans la nuit d’étant, É t a n t. C’est pareil pour les enfants, ils deviennent bipède parce qu’il ne savent pas lire au debut… Bon ça, je ne sais pas si c’est vrai, je suis désolé ma feuille colle un peu à la peau et je n’ai toujours pas envie de vous lire mon texte mais du coup, c’est ma peau qui devient un texte à gratter, parfois on gratte jusqu’au sens, s e n s. Après c’est sûr que je n’ai vraiment pas envie de vous le lire ce texte, mais je crois que je me suis fait avoir parce que finalement, je ne me gratte pas tellement…

Drôle

J’ai sous les yeux un texte drôle, ou un drôle de texte, ça dépendra de sa réception… enfin il se veut drôle alors je vais vous raconter une histoire drôle enfin où les mots, s’enchaînent, ça forme des phases puis des récits qui sont drôle pour que les gens rigolent … Haha… enfin le texte en lui même il n’est pas drôle mais c’est les gens, ils aime bien les histoires drôles alors on va tenter d’exprimer ces séries de mots drôles pour voir si c’est drôle et au pire ça formera une drôle d’histoire plutôt qu’une histoire drôle c’est pas grave ça dépend de la réception, c’est drôle ça enfin bref : Alors tu marches dans la rue et t’as un pigeon qui te regarde d’un air louche comme si t’étais son ex. Ça, voilà, c’est déjà drôle, c’est un texte drôle enfin même si c’est pas drôle dans le sens marrant, c’est déjà au moins drôle dans l’étrangeté, oui, bah, c’est un début, ça le sauve déjà le texte. Alors le pigeon, il te regarde, mais toi tu fais genre t’as rien vu, mais le pigeon, lui, il te capture avec son regard vitreux, un peu vide mais semble-t-il amoureux. Il te suit, il t’aime bien et il semble qu’il veuille même t’épouser. Ça voilà c’est déjà un peu plus drôle, les histoires d’amour tout ça, ça fait rire, les pigeons amoureux bon mais toi, t’es pas là pour rire, t’es avec ton cabas de course bon marché qui sent le quotidien oublié, et lui, ce pigeon, il te propose une vie de liberté, de dérive sur les toits, à bouffer des miettes de pain rassis et des restes de sandwich. Voilà ça, ça devient drôle et même si c’est pas un récit drôle ce sera toujours au moins, un drôle de récit ça dépend de la réception de chacun. Bref, alors on peut se demander si à ce moment là, la vie n’est-elle pas finalement qu’une négociation permanente entre un pigeon et un cabas ? Bon ça c’est une question très drôle parce que le texte il est écrit pour être drôle et si on rigole pas au moins on le trouve drôle dans l’étrangeté, ce texte reste drôle même si il ne l’ai pas, bon, ça fera toujours au moins un drôle de texte, je continue : après le drôle d’échange de regard avec le volatile, il y a un monsieur devant un tabac alors que tu es toujours avec ton cabas mais ça c’est inutile de le précisez mais c’est pour faire une allitération et un fil conducteur caba- balistique cabalistique, bref, le monsieur, il parle tout seul. Enfin, pas tout seul : il parle à une canette de soda. Il lui dit « Écoute, Soda, faut qu’on se quitte. T’es trop sucrée, tu me donnes des caries dans mon éthique. » alors ça c’est drôle, et même si vous ne trouvez pas ça drôle c’est pas grave parce que ce qui compte c’est que ce soit drôle dans l’étrangeté, donc bon ça sauve le texte là ! Bon, le soda, il ne répond pas. Le silence. Il y a un petit drame quand même, ça peut pas être toujours drôle… Mais ça rajoute à la drôle d’histoire. Le monsieur pleure, il renifle, il part en claquant une porte. Bon c’est pour plus de réalisme, on aurait pu dire il part en claquant un pigeon mais là, c’est autre chose. Dans tout les cas c’est peut être moins drôle une porte mais c’est pour plus de réalisme, c’est pour l’étrangeté. Bon et toi, tu vas au tabac, t’achètes un Loto en te disant que c’est peut-être ça, finalement, la clé. Le loto des mondes, il faut juste tomber sur le bon, celui d’un monde harmonieux : un monde où les canettes parlent, où les cabas sont inodore et les pigeons insensible. Bon ça, c’est une possible tentative de sortie de l’histoire drôle mais bon ça manque de rebondissements… Alors là, c’est sûr, un rebondissement c’est très drôle, déjà rien que le mot, rebondissement ça déjà c’est très drôle. Bon on va faire un rebondissement : Soudain ! Les rebondissements utilisent souvent un soudain vif pour commencer, c’est comme un cerf mais en plus petit un sous-daim, c’est très vif, bon bref, Soudain ! Une mamie en rollers te dépasse et hurle : « sers à gauche ou à droite, mais fais quelque chose, je suis en pleine révolution des pains de mie ! » Oui, un rebondissement avec de la politique un peu absurde, c’est toujours drôle et même si on rigole pas au moins c’est drôle dans l’étrangeté donc bon le texte est sauf, c’est drôle bon je reprends, c’est assez pénible les gens qui arrête tout le temps leur histoire pour précisez des choses… c’est une drôle de manie. bon, il y a une dame qui vient te demander après avoir vu cette drôle de scène de roller rebondissante : Tu penses qu’elle transporte un grille-pain dans son cabas, elle ? Alors tu lui demandes bah, pourquoi ? Parce que le grille-pain, c’est le symbole des insurgés du quotidien le symbole des dissidents cramés. Ça chauffe, ça chauffe, et dans le fond, on est tous un peu des pains de mie. Des citoyens cernés et grillé des deux côtés. Tu me suis ? Bon à ce moment-là, elle dit tu me suis, on ne sait pas si elle parle de sa pensée ou d’un sens un peu plus propre où faudrait vraiment la suivre. Comme on ne sait pas si le texte est drôle ou si il est drôle simplement par étrangeté comme le serait un drôle de texte, ça restera toujours une remarque ambigu, j’espère que vous me suivez ? Bon, finalement, te méfiant du caractère propre de sa phrase, tu ne la suis pas alors tu rentres chez toi. Et là il y a ta plante verte qui fait du yoga sans te prévenir bref, elle s’étire vers la fenêtre, elle adore faire des mouvements ayurvédiques au soleil, bon c’est très drôle a ce moment là et au moins c’est peut être pas drôle dans le sens humoristique mais c’est drôle dans l’étrangeté, ça sauve le texte. Bref, tu allumes ta télé : un type en costard explique comment éduquer les hamsters à la fiscalité pour les côter en bourses après tu changes de chaîne : il y a une pub pour des chaussettes trouées anti-destin. Puis tu te mets à manger un yaourt en essayant de regarder le paysage par la fenêtre maintenant obstrué en partie par la plante yogiste. Et là, bon là, c’est le moment le plus drôle, pas forcément marrant mais drôle quand même, étrangement drôle. Il y a deux pigeons, ils ont des bagues aux plumes, ils sont grillés. Et toi tu regardes ton cabas, toi, t’es perdu. C’est ça. Ta vie. C’est drôle. Et c’est là que tu comprends que l’absurde, c’est juste une drôle de réalité qui porte tes chaussettes trouées. Et qu’au moins si ton texte n’est pas drôle bah il est étrangement drôle quand même. Donc ça c’est important, c’est tout la différence entre une histoire drôle et une drôle d’histoire, c’est une question de placement, d’ordre des mots, d’ordre des choses, c’est drôle.

Page Blanche

Je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche. Les mots sont parfois formés de lettres sauvages, ils se faufilent entre les lignes et refusent de s’incliner et de se laisser mettre en laisse pour que le texte soit bien ficelé par cette laisse d’encre, de l’encre qui coule comme de la bave, poisseuse, inutile. Inutile car les lettres se barricadent d’imperméabilité puis elles dansent en riant, se dérobent tout le temps, se cachent sous les blanches lueurs de la page, du papier, et la feuille devient de nouveau un désert blême et immaculé. Alors, je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche pendant que les lettres s’incarnent dans des pierres d’ivoire, les voyelles deviennent des rocs émoussés. Écrire ça devient comme boxer un fantôme. À chaque coup de poing, le vide s’étire, et le spectre avale mes phalanges. Et moi, je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche. Les mots me glissent entre les doigts, gluants, vivants, les mesquins ! Ils savent. Ils savent que je veux les domestiquer, les aligner en troupeau docile, alors ils se vengent, les mots ! Et la page blanche grandit, monstre gluaux, elle bave de lumière blanche et crue. Bah oui moi, je suis là, devant la page blanche je suis là devant cette page blanche. Alors je me mets à genoux devant la page blanche maintenant posée au sol et je creuse avec mes ongles sur la surface de la page blanche. Je creuse pour chercher un mot racine, un mot graine, un mot qui pousserait sans permission, en secret dans la page blanche. Mais je ne trouve rien ! Alors je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche. Et c’est ainsi que mon cerveau et mes pensées commencent à grésiller comme un poste de radio troué qui cherche ses ondes. Les mots, perfide, je les vois au loin, ils ont allumé un feu de joie avec mes propres brouillons. Ils dansent autour des flammes et lancent même des cendres à mes figures de style. Les cendres de mes propres essais ! Et moi, qui suis là, sans rien faire, je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche. À ce moment là, écrire, ça devient comme se battre contre de l’air. Mais l’air on en a en nous, dans moi même aussi, j’en ai de l’air, l’air est partout. Il faut que je me batte contre tout, y compris contre moi. Et moi, je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche. Les mots sont des parasites et ils bourdonnent, en nous aussi, jusque dans nos bronches remplit d’air dedans. Alors je tousse et je crache sur la page blanche de l’air et des postillons d’encre noire, une sorte de salive noire, une rage pure, difforme et sans alphabet. La feuille boit, se tord et accouche d’un griffonnage informe. Et soudain, les mots rient. Et moi, je reste là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche pendant qu’ils éclatent dans tout les sens, de rire ! Ils déchirent le silence et colonisent l’espace. Ils sont mille, ils sont fous, ils sont libres. Je n’écris toujours pas et même que cette fois, c’est eux qui m’écrivent et qui s’accumulent sur moi. Mon corps se dissout en cavale de traits. Je ne suis plus qu’un grognement de bâtons et de point, un râle, un corps zébré qui sert de matière à un esprit devenu innommable. La page, enfin, n’est plus tout à fait blanche. Elle est devenu cicatrice, elle est devenu champ de bataille. Et quelque part, dans un coin, une sorte de mot unique germe, tordu, cabossé, on le croirait presque vivant. Le mot « fin » ? Mais non, ce serait trop beau. C’est juste de la sueur noire, visqueuse et disgracieuse, une sueur qui ne veux rien dire et qui sèche en s’écoulant sur un stylo de rouille, tandis que les mots bien formés, gardiens de leur liberté rodent dans la marge de la page blanche, prêts à bondir pour se défendre. Et moi, je suis là, devant la page blanche, je suis là devant cette page blanche où rien ne s’est passé.

Poème

Je vais vous lire un poème mais avant il faut que je vous explique, parce que c’est un poème particulier. En fait, c’est un poème qui est en quelque sorte, une recherche, une quête un peu vaine voire presque insurmontable, c’est un poème audacieux mais je crois qu’il est cependant un peu dérangeant. Donc je vais vous dire le poème mais avant je met en garde quiconque le reçoit, je suis prévoyant. En fait, petite indication, avant de le lire, je veux juste précisez que c’est un poème qui oblige celui qui le lis, ou qui l’entend, à constamment se lancer dans beaucoup de précisions et d’explications très inutiles et très longues, ennuyantes et fastidieuses. Mais c’est normal puisque c’est un poème qui, pour être lu, a besoin de quelques éclaircissements plus ou moins intéressants mais qui n’apportent absolument rien en général, enfin c’est un poème qui mérite quelque précision avant de le lire même si c’est inutile. Les précisions que je vous donne n’apportent aucun éclairage particulier dans l’absolu et n’ajoute rien au propos et souvent ces explications ne font qu’embrouiller les esprits plus qu’autre chose. Mais on a pas le choix car pour percevoir le poème, il faut d’abord s’attarder sur certain point qui finissent peut être par ennuyer celui qui le reçoit mais j’y suis contraint. Le risque c’est de perdre l’auditoire ou le lecteur lui-même, le risque c’est de perdre le fil de l’auditoire tout en se perdant en même temps et de perdre son propre être a la lecture et de se perdre à… le… Je sais plus ce que je disais ? Ah oui, avant de vous lire le poème il faut préciser quelque petites choses. C’est à dire que ce poème a une sorte de malédiction, il est comme maudit, il faut que je vous mette en garde même si c’est un peu inutile parce que ça n’arrangera rien. En fait, ce poème contraint quiconque qui le tiens dans ses mains a devoir l’expliquer avant de le lire. Parce que ce poème se dévoile que si on explique avant quelque petites précisions très inutiles mais indispensable pour sa compréhension, pour que ça l’entoure, le poème. C’est un poème maudit qui a une forme d’emprise sur celui qui le clame ou qui le lit. Avant toute chose, il faut émettre quelque petits éclaircissements, vains et laborieux, pas trop captivants, qui n’éclaire en rien le sujet du poème mais … Enfin le risque c’est de brouillé les idées jusqu’à provoquer une perte de concentration dans l’idée même de ce que ce poème peut être… et … Attendez je ne sais plus ou je voulez en venir ? Ah oui je vais vous lire un poème mais d’abord il faut se mettre en condition de réception parce que c’est un poème maudit, il tend des pièges et on s’en rend même pas compte alors méfiez-vous. Moi je n’ai pas de soucis je le connais le piège, je ne tombe pas dedans. Oui, ce poème est un piège. Dès que tu tentes de le lire, il t’oblige à certaines explications, mais dès que tu cherche à le présenter en amont, le voilà qu’il te force à dérouler des phrases sans fins et inutiles. Des « parce que » qui appellent des « mais », des « en fait », qui réclame des « sauf que », enfin je pense qu’il faut aller à l’essentiel pour aller directement au cœur du poème. Donc c’est parti, en fait, petit aparté, je me rends compte que plus je parle et moins je dis. Donc plus j’essaye de l’expliquer le poème, plus je lui donne corps, plus il se constitue et plus je m’en éloigne. Donc c’est euh … Je ne sais plus.

Vides

Mesdames et messieurs, je devais vous parler de … quelque chose, d’une forme poétique particulière… mais voilà, j’ai oublié. J’ai oublié le texte que j’avais préparé. Les métaphores sur l’éphémère, les citations savantes perdues, les anecdotes vides sur la mémoire, etc. Il devait y avoir beaucoup de mots qui s’enchaînent à tout va, je ne me souviens plus très bien à quoi ça ressemblait mais il devait y avoir beaucoup de mots mais tout a disparu donc je vais m’éterniser sur les silences entre les mots, ces petits vides, puisque je n’ai plus les mots mais il me reste leurs silences, ça je sais comment les dires si je les accumulent tous à la suite, si j’accumule tout ces petits vides à la suite ça fait : …………… Bon pourtant, je vais continuer à parler, à remplir ce vide en profitant de l’aveu même de cet oubli. Vous croyez entendre un texte, mais ce n’est qu’un spectre poétique. Ce que je dis est l’ombre de ce que j’aurais dû dire. Chaque mot qui sort de ma bouche, sort sous forme de pierre tombale creuse, je parle là, pour combler un vide… Le vide du poème dans ces silences, ces mêmes vides qui deviennent le sujet. Le texte est vide … Mais peut-être est-ce là, le sens, il se situent dans le vide entre les mots. Ce vide qui s’étire entre mes phrases, ces silences où dansent les fantômes de mes soupirs perdus… Ne sont-ils pas la plus pure expression de l’éphémère ? Ces mots que je cherche désespérément sont partis creuser leur propre trous dans les limbes de ma tête. Ils résonnent maintenant en négatif, où comme une mélodie qu’on entendrait à travers un mur au loin à travers de nombreuses pièces remplies de vides. Regardez : je parle de l’oubli avec l’encre des tampons fragiles et usés de la persistance mémorielle. Je décris l’absence en accumulant pour vous, des présences formé de tas de mots. Chaque syllabe prononcée est un linceul pour celles qui manquent mais je comble les trous par des vides. Et vous, auditeurs complices, vous tissez des liens dans mes vides, autour d’un texte que je n’ai pas. C’est vos attentes qui deviennent l’encre, vos regards, la plume car je n’ai rien a vous apporter à part du vide. Ce discours qui devait célébrer la poésie se mue en son propre mausolée remplit de vides. Mes métaphores pourrissent comme des fresques sous la pluie, voyait celle que je viens de dire, elle est remplie de vide. Les anecdotes vides que je croyais captives se sont évadées en fumée, laissant derrière elles la cendre d’un sens possible mais tout devient vide. Pardonnez-moi. Je vous promettais un édifice de lettres, je ne vous offre que des ruines et des vides dans les pierres de ces ruines. Mais peut-être les ruines de vide ont leur propres systèmes d’éloquence ? Ces vides que j’aligne on les distingue parce qu’elles sont entourées de mots ! Ces vides ne marquent-ils pas mieux le passage du temps ? Plutôt que les vers triomphants qui l’écrase par leurs intérêts, par leurs charmes permanents. L’absence composée des vides est peut être un langage oblique. Ce qui manque appelle à être comblé par l’imaginaire, comme un tissage fin reliant des toiles incomplètes pour mieux happer sa proie. Alors continuons ce dialogue vide. Je suis le vent qui soulève les pages perdues, et vous êtes les archéologues de ces vides brisés. Ensemble, nous ferons de cet oubli… un monument vide du vide. Car n’est-ce pas là, le propre de la poésie ? Transmuter les vides en substance, faire de ces vides… le début d’une incantation. Bon peut-être pas, on peut aussi assumer les vides. Et puis pourquoi faire de la poésie quand on se rend compte, qu’entre les mots, elle est remplie de vide dedans. Un poète qui clame c’est beaucoup de vide dedans finalement et c’est vous qui faites les liens, c’est nivelé par des liens vides la poésie. Ça se tient par des vides gluants, ça se tient par une colle translucide fait de vides gluants. Les poèmes, ce ne sont que des miettes de vide agencé à travers les mots. Finalement, la poésie est un vide que l’on contemple.

Fin

Aujourd’hui je vais vous lire la fin du poème directement, je vous lis sa fin qui est finalement un autre début que le début initial parce que le début du poème il n’est pas terrible étant donné que c’est celui-ci donc je vais citer directement cette fin de la poésie, donc pour clore au plus vite les trous du stylo et surtout ceux de ma bouche même si il y a encore quelques mots qui fuient par ma bouche mais bon, je vais donc vous dire directement la fin parce que c’est un poème qui a une belle fin je vous assure que c’est sa fin sauf que, alors ça semble interminable, comme une parenthèse qui n’a pas son double, mais je vais clore la parenthèse ouverte au milieu donc je suis en plein dans sa propre fin au poème au milieu d’une parenthèse et c’est finalement bientôt fini mais le stylo il a recraché quelques mots qui fuient, mais aujourd’hui je vais vous lire la fin du poème parce que le début n’est pas terrible étant donné que c’etait ce que j’avais lu tout à l’heure au début : c’est comme une fuite en avant, je vais donc vous dire directement sa fin mais je cite directement quand même ces étapes pour arriver plus rapidement à la fin de la poésie alors c’est vrai ça semble interminable de fermer les trous de la bouche y a encore des virgules qui saignent dans mes gencives qui sont dans ma bouche à côté des mots, mais je vais clore la parenthèse donc pour clore au plus vite, il faut que je trouve l’autre, alors je vous assure que c’est bientôt la fin mais le poème est en plein dans sa propre fin qui commence tout juste enfin, c’est finalement bientôt fini mais bon c’est un poème qui a une belle fin, elle vaut le coup, la fin du poème, je vous assure que c’est sa fin et que sa fin est proche. D’ailleurs, je cite directement cette fin de la poésie, à des fins de rapidité d’exécution, je vais déjà clore la parenthèse qui est ouverte depuis tout à l’heure en moi alors ça semble interminable de se relire aussi mais je vous lis sa fin qui en est au début si vous avez suivi donc je suis en plein dans sa propre fin au poème et c’est finalement bientôt fini mais ma bouche avoue que quelques mots fuient donc j’ai décidé aujourd’hui de vous lire la fin du poème parce que le début il était pas terrible donc pour clore au plus vite, je cite directement cette fin de la poésie, alors c’est vrai ça semble interminable mais je suis en plein dans sa propre fin au poème et c’est finalement bientôt fini mais finalement je sens que des restes de poème respire encore par le trou de ma bouche, juste à côté de mes gencives, et si je refuse de les sortir, des carries apparaissent. Et des aphtes aussi apparaissent si je reste sur ma fin.

Texte

Le texte n’est pas encore là, le texte arrive, le texte prend son temps, le texte arrive. Attendez, le texte va bientôt sortir. Le texte est en train de naître. Le texte est poussé vers la sortie. Le texte est expulsé. Le texte est né. Le texte crie. Le texte est accablant, le texte est fatiguant. Le texte est douloureux. le texte est ennuyeux. Le texte prend vie petit à petit, le reste du texte se dévoile sous la langue, le texte est tapi dans l’ombre de ma langue, puis le texte se dévoile entièrement. le texte se demande pourquoi je le lis, le texte se demande pourquoi je l’écris. le texte se demande pourquoi je le pense et pourquoi ma langue le propulse. Le texte se demande. Le texte est propre, le texte se soigne. le texte fait sa toilette. le texte se demande pourquoi on l’écoute. le texte se demande pourquoi on le lis. Le texte s’oublie dans ses propres mots. le texte devient parfois soupir…le texte est pudique. Le texte tente d’effacer le texte avant que je ne l’écrive ou le divulgue de force avec les muscles de ma langue. le texte se demande si l’encre est un remède ou un poison. le texte est un corps qui parle. Le texte utilise ma voix. Le texte a un corps ! le texte est dans un recueil encore trop petit. Le texte tombe, le texte a ses doutes. Le texte invente qui il est. Le texte interroge ses marges mais les marges ne répondent pas. le texte compte ses syllabes comme on compte les minutes dans l’ennui. le texte se répète. La texte s’étend. Le texte croit. Le texte s’agrandit. le texte voudrait redevenir un cri comme avant mais reste un texte qui croie. Alors le texte s’invente un dieu avec des fautes de grammaire. Le texte croie de nouveau. Puis le texte s’habille de silences pour se rendre intéressant. le texte veut bien être lu mais redoute d’être compris. le texte est un amas de traits qui a peur de ses propres chaines, de causalité. le texte accuse donc le lecteur d’exister. Le texte veut être autonome. Le texte se rebelle, le texte intensifie ses phrases pour que je craque, le texte se rebelle, le texte s’agace. Le texte va vite, le texte se débat, le texte se tord, le texte bondir, le texte ne me supporte plus, le texte maudit ma bouche qui le retient en vie. le texte voudrait disparaître mais la langue est un piège. le texte se souvient d’avoir été vent avant d’être papier. le texte rêve de redevenir pensée. Le texte cherche l’idée originelle. Le texte est accablant. le texte fatigué. Le texte est fatigué. Le texte est lent, le texte se cherche, le texte est dans l’errance. Le texte nous fatigue. Le texte fatigue. Le texte est le texte. Le texte était.

[blanc]

vous savez une chose me rebute C’est lorsque que…C’est lorsque que quelqu’un C’est lorsque que quelqu’un ne…C’est lorsque que quelqu’un ne finis pas..c’est lorsque que quelqu’un ne finit pas ses… enfin comment le dire… c’est que je ne supporte pas que… [blanc] un poète qui éternue ses vers un poète qui s’étouffe sur ses points un poète qui laisse en plan le… un poète qui bave ses… suspensions… moi j’ai besoin de .. j’ai besoin que les choses que les choses se …enfin vous voyez ce que … Mais c’est insupportable cette manie de cette façon de laisser en… comme si chaque phrase était un.. comme si chaque mot cherchait son… et pourtant, et pourtant je peut-être bien que moi aussi je .. que nous sommes tous un peu… Oui certainement on est tous un … Vous savez ce qui est terrible ? c’est quand la pensée se ..quand le sens se dérobe et … qu’il ne reste plus que…vous comprenez ..c’est insupportable quand quand la phrase se casse comme un comme un….comme si le sens était un escalier sans… et moi je reste là … à attendre la …à guetter la chute qui … qui.. qui.. ne vient paaa-aaarce que les mots ils ont des des trous dans leur corps et …[blanc] chaque fois c’est pareil il dit « je vais » il dit « j’ai pensé que » et puis et puis rien c’est comme une porte … comme une fenêtre ouverte sur un …sur un mur peut-être ou alors sur …[blanc] ce qui me tue c’est pas ce qu’il …c’est ce qu’il ne dit pas ce … ce silence… qui traîne comme un.. comme des fonds de phrases sales sur les tapis dans les salons des conversations et … Je récupère tout ce qui est dit dans le …Sur le sol qui..qui… [blanc] parfois j’essaie de me combler de petit bout comme : « peut-être qu’il voulait.. » ou « sans doute il pensait » mais mais c’est comme rattraper des … des mots vidés avec des … dans les salons de discussions où des mots pas entendu se… [blanc] et le pire c’est quand ça quand ça commence à faire !! Quand ça commence à faire un sens de.. quand tu crois que cette fois que cette amorce de phrase va… et puis non finalement elle se [blanc] vous voyez quand le, quand dans la bouche .. Il y a ce truc là qui comme si .. mais en fait personne ne va jamais je… Mais vraiment ! Personne !…vous entendez comment ça ..comment ça se coince dans la …dans la gorge les mots les …les mots qui qui qui se recognent …qui cognent contre les dents les …les dents qui claquent claquent claquent claquent claquent comme un .. qui qui [blanc] et ce bruit de bave de … de phrases molles qui qui glissent glissent et se se défont en en en en euh en aah en oui mais mais non c’est plus Alors là euh AAA eeee en … Aaaaa mais ennnn … Mais non ce n’est plus du langage c’est …[blanc] des soooonnnnns qui se…. qui s’étiiiirent en iiiii en uuuuu en ééééclats éclats de voix qui …qui percent le sens comme … comme des clous dans ..dans du mou mou [blanc] Le sens mou à force de …de parler sans finir …finir les les les …les phrases s’empâtent …pâtent pâtent et …et fondent en coulure d’onomatopées topées topées topéesss sss tsss [blanc] et tout reste susssspendu uuuu comme… comme une corde à linge qui…. où sèchent des mots inachevés qui coulent qui….où pendent des promesses de sens qui ou… qui Des linges sales rempli de… des…des… vides qui claquent au vent de…l’attente qui…. quiiiiii…mais voilà ça commence à ..[blanc]ce qui me tuuuuee enfin ce qui me tuuuuuue vraiment…..Ce ce qui me tuuuuue c’est c’est que j’ai passé ma vie à …à ramasser des miettes, dans les causeries, de points en suspension comme des ….sur le sol des …et personne personne jamais personne…..ne vient m’aider…. à…achever ce….. Alors…que je…[blanc]

Ça ne m’intéresse pas

Ce texte ne m’intéresse pas, l’ennui c’est… Ça ne m’intéresse pas … Bon c’est pas très intéressant mais, l’ennuie c’est comme un frigo qui vibre à 3h17 du matin dans l’appartement d’à côté ça ne m’intéresse pas du tout. Ce texte d’ailleurs ne m’intéresse pas. Le frigo appartient à une personne qui compte les carreaux de ses fenêtres avec sa langue frustrée de ne pas pouvoir faire de lèche vitrine mais ça ne m’intéresse pas. Ce texte ne m’intéresse pas. Cette personne a essayé de lire sur la toile, mais les lettres tissent en dansant constamment avec des algorithmes sur les réseaux, tout ça ne m’intéresse pas. Cette personne à eu beaucoup d’amour sur sa photo mais ça ne m’intéresse vraiment pas. Sa vie je m’intéresse pas. Cette personne a allumé la radio et elle a entendu des choses, ça ne m’intéresse toujours pas. maintenant il parle à la prise murale, elle a l’air plus vivante que lui, plus au courant que lui. Mais ça ne m’intéresse vraiment pas, sa vie ne m’intéresse pas et ce texte ne m’intéresse pas. Dans sa tête. Il a un moteur qui tourne à vide clac clac clac ça fait comme le bruit d’un stylo-bille qu’on manipule lorsqu’on s’ennuie devant un bulletin nul, ou devant un papier administratif, ça ne m’intéresse pas du tout. Ce que je vous lis ne m’intéresse pas d’ailleurs, mais je continue, car c’est vraiment digne de désintérêt. Dehors, il y a une voiture qui passe, elle emporte un peu de son vacarme avec elle mais ça ne m’intéresse pas non plus et dedans la voiture il y a plein d’ennui, la personne de tout à l’heure devient juste un écran de grésillement muet qui fait tssssssssss comme une fuite du temps, ça ne m’intéresse pas. Je suis désolé pour ce texte, Ce texte ne m’intéresse pas. C’est pas intéressant, ce poème non plus n’est vraiment pas du tout intéressant, il ne m’intéresse pas vraiment, cette personne ne m’intéresse pas et ce texte ne m’intéresse vraiment pas. L’écran de son portable à la personne, a mangé ses dernières pensées, il stagne devant les mêmes pages mortes depuis longtemps et ça n’est vraiment pas intéressant. Ce texte n’est vraiment pas intéressant. Il attend des notifications mais ça ne m’intéresse pas, sa vie appuie sur F5 sa paupière gauche aussi, il y a des 404 partout c’est pas intéressant. Dans sa cuisine le micro-ondes affiche rien depuis trois ans il attend que quelqu’un lui dise autre chose, lui serve autre chose que des plats surgelés. C’est vraiment pas intéressant, ce texte est pénible. Son balcon regarde fixement le vide, et le vide et le balcon se comprennent sans dire un seul mot, c’est peut être dingue mais c’est comme ça, c’est pas très intéressant. L’horloge tourne en rond comme un Ouroboros de minutes. C’est pas très intéressant, ce texte n’est vraiment pas intéressant, il ne m’intéresse pas, l’ennui c’est une cigarette qui s’éteint toute seule dans son cendrier sans faire d’histoire. Comme la vie de cette personne qui ne m’intéresse pas, ce texte ne m’intéresse pas. Et pourtant, malgré tout ce désintérêt, je continue. Parce que l’ennui, c’est aussi ça : une boucle infinie de refus qui finit par dessiner une esquisse de quelque chose parfois. Une forme inintéressante, comme un griffonnage en marge d’un cahier qu’on ne relira jamais. Ce texte ne m’intéresse pas, mais il existe, d’ailleurs, c’est déjà trop. La personne dont je parle, celle qui ne m’intéresse vraiment pas a fini par s’endormir définitivement devant un film qu’elle ne regardait pas. L’écran diffuse maintenant des visages joyeux qui rient d’une blague qu’elle n’a pas eu le temps d’entendre. Ça ne m’intéresse vraiment pas. Son sommeil connecté aux autres est peuplé de songes administratifs, des cases à cocher qui se remplissent toutes seules, des stylos qui signent des papiers invisibles et des « j’aime » qui tombent en trombe sur sa vie et ses publications, Rien de tout cela n’a d’importance, c’est pas intéressant, ce texte ne m’intéresse pas. Il ne m’intéresse pas ! Dehors, la vie avale les bruits un à un. Le frigo a cessé de vibrer, ou alors on ne l’entend plus. Peut-être que tout s’est arrêté, ou peut-être que rien n’a jamais commencé. Ce texte ne m’intéresse pas assez pour en être sûr. Je pense que ça ne vous intéresse pas non plus. Mais vous écoutez quand même, parce que parfois, le désintérêt est intéressant mais même si ce texte ne m’intéresse vraiment pas. Ce texte ne vous intéresse pas. Et pourtant, le voilà résolu, le voilà, terminé et c’est dans sa fin qu’on trouve peut-être tout son intérêt mais ça ne m’intéresse pas.

Dieu

Dieu n’est pas un mot, dieu est un trou dans le mot, le mot est un trou dans la bouche, la bouche est un trou dans dieu, d i e u (quatre clous) … on y accroche des manteaux, des prières, des enfants, dieu, di di dieu d i e u u u u u u u u, une paire dieu le Père dieu, le trou a mangé, le mot le mot mangé devient trou, le trou chante le chant est un clou rouillé le clou rouillé est une croix la croix est une bouche ouverte bouche ouverte qui dit euh, d i e u en train de pourrir dieu d.i.e.u. quatre clous, on y accroche encore : – des lois, des frontières, des sourires en plastique, le u le u le u se détache u u u tombe dans la soupe primordiale une soupe de lettres u = ultime ulcère , il sert de la soupe (au fond de la casserole) d + i + e = die (die en anglais) le dernier u flotte comme un u u u usagé dans l’eau bénite, dieu n’est pas un mot , dieu est un trou dans le mot, le mot est un trou dans la bouche , la bouche est un trou dans dieu d i e u (quatre clous) on y accroche des fantaisies, des espoirs, des convaincus, mais les clous plient les clous sont des mots aussi les mots sont des clous mots clous mots clous en clou mo clou mo encloume ( CLU clou n’est plus clou) (clou n’est plus mot) d i e u se découd : d dans i, i dans e, e dans u, u dans dans pour dent , dans dans, vide vide vide vi de vie de dieu, le trou originel… Tout ça est sur ma page La tranche de la page coupe, La tranche de la page coupe la langue, La tranche coupe la page en deux, La tranche coupe la page en dieu, La langue coupée unifie la page, La page tranche dieu, dieu tranche nos langues… dieu d i e u, 4 clous et le bec.

J’attends

j’attends.. tend… tend… vers le néant. ant ant entend tend …tendre… l’arc maudit. point de mot dit, …dans le néant…pour les non dits, j’entends. Tend …tend… tendance… ance de tasse… i turne, danse… entasse… J’attend, tasse turne, danse entasse… Tendre… tend…entends ant ant… néant tend… j’attends… arc dit… mot point… Non dits… tendance ance… I tourne… maudit… néant… néant… j’attends… tend…Tendre… entend… ant…Tasse… danse… turne… Ance… dit… point… mot… arc… dits… j’attends… tend… néant… ant… entend… tendre…tasse… i…turne… danse… entasse… ance… maudit… point… mot… tend… tend… tend… néant… néant… néant…j’attendsj’attends… entends… entend… tendre… tendre… i… turne… danse… tasse… ance… entasse… Point… mot… dit… arc… maudit… dits… Non… pour… dans…j’attends… tend… vers… ant… ant… entend… tendre… l’arc… maudit…point… de… mot…dit… dans… le… néant… pour… les… non… dits… j’entends… tend… tend…tendance… ance… de… tasse…i… turne… danse… entasse… J’attendsJ’attends… tanses… danses… lents rants… Ans ans… entends… tanses sangs… tasse… transe… danse… s’ensanglante… manse… panses… ans… lente transe… tend…tend… tanses… danses lasses…pance pance… distance… lasse passe…i turne… urne… danse s’efface…j’attends… ans… tanses… glaces… néant… j’attends… danses lentes..entasse… vacances… transe… ans… sanglantes… Tendre… entend… tanses…lasses…manse… panses… ans… passages…j’attends… tend… tanses… rantes… ance… transe… danses… lentes… I… tourne… urne… sang…maudit… panses… ans… blanc…tend… tend… tend… ans ans…néant… néant… tanses sang… Tonsure…j’attendsj’attends… ance…entends… entends… transe…encence…i… turne… danse… manse… tasse… ance… panses… ans…essence..Point… mot… dit… transes… arc… maudit… dits… lances…j’attends… tend… vers l’ans…ans ans… entends… tanses sang… tendre… l’arc… maudit… flans… point… de…mot… ans…pour… les… non… dits…j’entends… tend… tanses… tendance… ance… danses lasses…i… turne… danse… entasse… j’attends… ans… ans… ans… Panses… danses… lents rants…ans ans… Instanses… sang… Instant…urne… danse… transe… blanc… J’attends…i… turne… danse… entasse..
j’attends….ça.ne capte pas… J’entends…

Captif

Ça ne me captive pas, ce poème ne me captive pas, ce poème, ce tas de syllabes pourries mal cousues, ces mots qui bavent comme un escargot sur le plastron propre de la poésie elle-même. Non, vraiment, ça ne me captive pas. Pourtant, je continue sans être captivé mais plutôt en étant captif. Parce que la peur, c’est comme un chewing-gum collé sous la chaise du jury tu t’assois dessus sans le savoir et schlac ! te voilà marqué pour un temps du sceau de l’infamie. Mais ça ne me captive pas. Non, JE suis captif. Le micro appartient certainement à quelqu’un qui compte les nuages de poussière sur ses chaussures. Sa bave, épousant la gravité, tombe en pluie diluvienne, par conséquent, sa langue devient trop sèche pour parler, alors il tend le micro pour quelqu’un d’autre. Mais ça ne me captive pas, non, par contre, je suis captif. Le micro est un pieu vampirique. Il suce ta salive et transforme ton euh d’hésitation en monument de honte pétrifié, gravé pour toujours sculpté dans le lobe temporal du public. L’auditoire est rempli d’éponges à regards, qui boivent les tremblements du trac, en silence. Ça ne me captive vraiment pas, par contre je suis bel est bien captif. Dans ma gorge, il y a une grenouille bureaucratique qui coasse des procès-verbaux et sous son influence, ma langue deviens un formulaire en triple exemplaire, pliée en accordéon sous le palet ce qui permet d’éjecter les mots par le soufflet de ce même accordéon. C’est pas captivant mais je suis captif. Le coeur active une pompe franche à cause du traque. Alors je crache des écailles de syntaxe, des bribes décousues de métaphores pourries et asphyxiées, des alphabets en vrac qui danse la tarentelle sur la tombe du bon sens. Ça ne me captive pas, mais je suis captif, le traque ne me captive pas mais il me rend captif. L’auditoire réclame : « Un peu plus de sens bon dieu ! » Mais le sens, ici, c’est du sable qui fuit entre les doigts d’un lépreux. Je suis captif d’un mauvais texte écrit, un texte pourri. Le public tousse de honte dans sa tête. Moi aussi. Nos quintes s’épousent en contrepoint. Magnifique, non ? Non. Ça ne me captive pas, je suis captif, c’est différent. J’ai pas tenté de mémoriser ce poème qui ne me captive pas, parce qu’une fois dans le cerveau, les phrases deviennent des dominos renversés, leurs idées s’écroulent avant d’être redites, tout ça ne me captive vraiment pas, mais par contre, moi, c’est sur, je suis captif.

Mot

Je vous cause ici d’un mot. Un mot comme un caillou dont le texte serait une chaussure. Un mot qui se prenait pour l’excroissance splendide du discours, une verrue en joaillerie, le grain de beauté fluorescent sur la peau blanche du visage-page. Il voulait briller plus fort que les autres, ce mot, s’extirper du flux magmatique des syllabes, s’ériger en totem typographique. Il exigeait des parures : des guillemets en armure, des astérisques en auréole, des parenthèses en velours rouge pour l’escorter comme on escort un saint sacrement en pleine procession. Il voulait qu’on le penche à la manière de la tour de pizzzzz, comme pour ce démarquer, comme en Italie, en italique. Et les signes tournaient autour, idiots d’admiration : les virgules, soubrettes essoufflées, lui offraient des pauses en courbettes ; les points d’exclamation, badauds braillards, le célébraient en gerbes d’apostrophes ; les points de suspension… ah, les points de suspension !… lui glissaient des sous-entendus lubriques, des et si…, des peut-être que…, des on devrait… hmmmm Mr le mot, hmmm petit mot . Le mot se gorgeait de ces hommages, se croyant centre, soleil, clou du spectacle. Mais le texte, ce tas de mots, lui, il ruminait dans sa conscience semantique. Un matin, il cracha son venin : « Hé, toi le mot, petit con d’encre ! Sans nous, tu n’es qu’un fruit sec dans l’univers, un déchet de dictionnaire, un moignon de langage ! » Le mot vacilla. Il regarda autour : les phrases s’étaient tues, les lettres le fuyaient, le blanc de la page le dévorait comme une gangrène. Lui, le flamboyant, n’était plus qu’un cratère froid, une misère de mot. Alors, il chancela, puis se courba devant texte. Il comprit enfin sa triste dépendance obscène : il compris !!! Le mot, il compris qu’il n’était rien sans la glu des conjonctions, sans la sueur des verbes, sans l’haleine aigre des adjectifs. Sa beauté n’était qu’un mirage car sa force, au mot, ne peut se percevoir qu’en se mélangeant au tas sémantique du texte. À ce gros tas. Ce gros tas de mots d’où provient la conscience semantique qui l’a calmer. Un gros tas de mots. Depuis, il se fond dans la cohue de ce gros tas de mots, il marche droit ce mot dans ce gros tas de mots. Il se laisse malmener par la syntaxe dans ce gros tas de mots, triturer par la grammaire dans ce gros tas de mots. Il sue avec les autres maintenant, anonyme et nécessaire. Parfois, pourtant, un frisson le traverse : quand le poète, sournois, le pousse en avant, le mot… pour mieux le sacrifier au silence dans le gros tas de mots. Aha. Ce mot, c’est… n’importe lequel. TOUS. AUCUN. Un « je » qui se pavane, un « amour » qui s’étale de vanité, en gras, un « rien » qui se croit métaphysicien, un vide qui peut tout avaler. Mais non, ce mot c’était le mot « mot » lui-même, qui bouffe la scène en prétendant parler des autres alors qu’il ne fait que s’auto-engloutir dans ce gros tas, dans ce gros tas de lui même, dans ce gros tas de mots.

Babil

Bonsoir… Bon. Bienvenue… Bon aujourd’hui, cours biologie des balbutiements et des baragouinement des débuts du langage….. Le bouillon bout. Des billiards de bactéries bavardes bousculent les bord de l’eau bionique. Bleues, blanches, blondes, elles bégayent leur beaux alphabet dans le brouillard à bile. Babil de bacilles. Ballet de bacilles. Bible de bacilles. Babil babil. Brusquement, une bulle. Puis deux bulles. Des bulles qui brisent la berge, qui borde le bocal, qui bâtissent des bonds entre le bas et le beau. Chaque bulle est un berceau, chaque berceau un bruit, chaque bruit un début de bouche. Babil Babil.. Les bactéries bleues, bavardes, se balance et bâtissent des barrières de bave, des barricades baveuses de beaux mots. Babil.. Elles bordent leur beau domaine de bulles et de bruits. B, le premier bond, le son de la bulle qui brise les bords. B comme bouche. B comme barrière de la langue. B comme bave balbutiante comme babel. B comme braillement. B comme bbb b b bb bb bébé babil babil babil.. Bientôt, le bouillon en bombe bourdonne. Babil Les bactéries blanches bredouillent des bribes de base bionique. Les bactéries brunes bâtissent des bases baisés et biscornues. Les bactéries blondes, les plus belles et brutales, brisent les barrières et boivent de la bile et le babillement des autres. Babil babil. Le bouillon bout de plus belle. De bien belles bulles, des bulles boursouflées de bon sens, brisent les bords. Certaines ressemblent à des beaux mots. B b b « Boue ». B b « Berge ». b b b « Baiser » b b « bémol » Puis vient le big bouleversement. Le big bang des branchies devenant bouche baveuse… Babil Une bactérie bleue, belle bouffeuse de bulles, beaucoup plus bavarde, englobe ses belles bulles dans un brau de bave brillante. Elle devient bouche. Elle devient bête. Elle devient début de brame… Babil. Elle braille le premier vrai mot dans la bulle : B B BO BOA BOAR « BOIRE. » Et tout est bel et bien bouleversé… Bien vu Brisset ! Si les bulles boivent c’est qu’elle quitte du bords les bacilles de l’eau. Le bouillon se met à bouillonner de beaux mots en débris dans la boîte de pétri. Les bactéries bâtissent des bibliothèques de bave. Elles bricolent des bouches de plus en plus biscornus pour la bonne venue de nouveaux beaux balbutiements. Certaines apprennent à bégayer « belle ». Babil babil D’autres à brailler « brutal ». Babillement habile. Et s’ensuit des bêêêlements de brebis. Puis des bouches, bavant bleu, bête bipède, bâtissant des bulles. Babil, borborygme, braillements. Belles bulles, Branchie devenue babillarde. Béance. Bave. Bris. Borborygmes bâtissent des bribes de base bionique et baragouine aux travers des bulles. Branches aux bronchioles bredouillent. Bascule devient le béton du verbe. Banc de boue, berceau. Du bateau, dess baleine blême et des belugas beuglent aux bords des basilics bio. La bible des abbatiales baptiste des abbyssale billes sans boussole, en bousculade. Les Bégaiements baillant et babillessant bâtissent la belle Babylone. Boue. Bulle. Bruit blanc. Des bouche brûle les berges. Babil devient barrière. Babel tour. Blasphème ! La langue n’est qu’un bel amphibien brisé mais bref, le début du langage est bel et bien né. Et non pas comme un beau don, mais comme une banal infection bactérienne bionique. Un beau berceau de balbutiement baveux. Une fièvre qui brûle encore plus le bouillon Babil Babil Babil, la première Babel bâtit provient bien d’une bande de belle bactérie. Tandis que la bible base de début des belle banalités, la bible est un bouillonnement de bacterie bavardes et bienveillantes dans les boîtes crâniennes du bon dieu. et quand vous lisez ses mots, des billiards de bactéries dans votre bile bredouillent en se baladant dans vos globules : babil babil babil tandis que moi, et bien, je reste bouche bée.

Pourri

Non mais, regardez-moi ce texte. Ce truc immonde, ce truc visqueux, ce truc qui pue la décomposition avancée. Il est bien pourri. Pas juste un peu pourri, non : archi-pourri. Chaque mot est pourri. Chaque virgule est pourrie. Chaque espace entre les mots est un vide bien pourri, un néant grouillant de larves de pourriture. Les lettres elles-mêmes se décomposent sous mes yeux, se liquéfient en une boue nauséabonde de pourriture, faut vraiment que je me dépêche de vous le lire avant que ce soit vraiment trop pourri. Ce texte est vraiment déjà bien pourri. Complètement pourri même. Pourri comme une vieille charogne oubliée au fond d’un sac sans oxygène, pourri comme un bois vermoulu qui s’effrite sous les doigts, pourri comme l’humeur d’un lundi matin qui s’effrite sous un réveil. Tout est pourri ici, absolument tout. Les mots sont pourris, les phrases sont bien pourries, les idées sont pourries et la mise en cage sur la page pareil. C’est un amas de pourriture, un étalage de choses molles et vertes, une décomposition lente et puante. Pourri, pourri, pourri. Et le pire, c’est que même en écrivant ça, ça reste bien bien pourri. On dirait que tout ce que j’écris se transforme en bouillie nauséabonde, en un magma de nullité avariée. Pourri jusqu’à la moelle, pourri jusqu’à l’os de la page. Non mais vraiment il faut que je me dépêche de finir de vous le lire parce que c’est vraiment de plus en plus pourri… Et puis ce texte épouse son époque. Le monde est pourri, ce texte est pourri, et même cette idée est bien pourrie de dire que ce pauvre texte est pourri constamment. Parce que tout, vraiment tout, est immonde, infect, et… pourri dans ce texte. Le papier ? Pourri. L’encre ? Pourrie, l’idée ? Bien pourrie. Et votre cerveau qui essaie de comprendre cette idée pourrie est lui même en train de pourrir. C’est un texte qui sent la pâte molle oubliée au fond d’une poubelle en plein été. Un texte qui a la consistance d’une série de phrases moisies dans un frigo en panne. Un texte qui, si vous l’imprimiez, se désintégrerait instantanément en une pluie de spores fongiques et de regrets qui bourrerait votre imprimante de papier mou et moisi. Alors faut vraiment que je me dépêche de vous le lire parce que c’est un texte qui est tellement vraiment pourri. Et ce n’est même pas un pourrissement noble, non. Pas un pourrissement poétique, comme les feuilles mortes en automne. Non, c’est un pourrissement vulgaire, baveux, gluant, sale, comme du pain oublié dans un cartable depuis trois mois. Alors faut vraiment que je me dépêche de le lire parce que ça va encore empirer. Parce que la pourriture, ça se propage. Ça contamine. Ça infeste. Bientôt, tout ce que vous entendez autour de vous sera pourri. Tout ce que vous écrirez sera pourri. Votre existence entière ne sera plus qu’une grande soupe primitive de molécules en décomposition toute pourrie. Alors faut vraiment que je me dépêche de finir de vous lire ce texte parce que sinon ça va vraiment être trop pourri… Déjà que là c’est déjà bien pourri…Il faut que je me dépêche de finir de vous lire ce texte avant qu’il soit vraiment vraiment trop pourri et que je n’arrive plus à l’assumer… Trop tard. Déjà les lettres bavent sur la page comme un yaourt oublié au soleil. Les phrases se liquéfient, coulent entre mes mains, gluantes. Je tente désespérément d’articuler ces mots qui se désagrègent en direct, même quand je les prononce, là, ça me fait un drôle de goût dans ma bouche, un goût avarié de mots prononcés après la date de péremption, ces mots, ils ressemblent de plus en plus à des régurgitations séchées sur un trottoir en plein mois d’août. Je suis désolé, le dernier paragraphe est bien pourri, c’est vraiment une soupe moisi, ce paragraphe. Je suis désolé pour ce texte parce qu’il est vraiment vraiment bien pourri. Je… je crois que c’est fini. Enfin ce qu’il en reste c’est bien illisible tellement c’est pourri et une odeur persiste dans ma bouche et elle est dans vos oreilles aussi donc je vais vraiment arrêter parce que ça devient vraiment trop pourri.

Didou

D’abord le dodo ma mignonne, le dodo dans tes doudous ! Mais maman, … didou didou ! La mignonne douce dorlotée dérive dans des rêves. Des doudous dégoulinent doucement, dans un délire de délicieuses délicatesse, débordant de délices. Des diamants de dodo dansent en désordre, déposant des doudous dorés sur nos doigts déjà tout adoucis par ce doux début de dodo de la mignonne. Mais maman ! Mes moutons sont compté et mes mots mous murmurent des mièvreries mielleuses dedans moi. La mignonne douce dorlotée dérive dans des rêves. Mille mots mignons mâchouillent des macarons moelleux, murmurant des mélodies mouillées de miel. Maman dit : dodo, ma mignonne, dodo, dans les doux duvets, dans tes doux draps, tes doudous dodo dorment déjà. Tes dents-de-lait dansent et se dandine déja sous la dentelle douce, dans un dernier dodo délicieux. Miam, mais maman, mon mignon doudou mange un marshmallow mou dans une dinette molle. Il me murmures des mots mous, mains moites, motifs mignons mélangés à des miettes de madeleines molles. Et des doudous débraillés me demandent des dessins dorés. Des diamants dorment dans mes duvets déjà tout douillets. Mon monde mou murmure : mignonne, mignonne, mignonne .. fait dodo… didou didou mais maman, mes mots me manquent déja et je ne suis pas sur qu’il me suivent dans mon dodo avec mes doudous. Maman dit : tes doudou dorment déjà. La mignonne douce dorlotée dérive dans ses rêves Doudou dégouline de dodo. Doudou disparaît dans le dodo. Doudou s’est déployé en dix doudous dorés qui font des doux dodos, dansant le didou didou dans un déluge de dentifrice à la fraise.  Des dinos en duvet demandent des dessins doux, didou didou pendant que des délicats doudous dévorent des diamants de dragée. Mais maman ! Mes moutons-mitaines moites mangent mes mots maintenant dès que je m’endors didou didou ! Elle, douce dorlotée dérive dans ses rêves. Mille moutons mignons murmurent :  « Miam, mangeons des messages mous devant le dodo du doudou de la mignonne ! » Maman, un marabout mièvre mâche ma mémoires en miettes de dodo. didou didou. Dans le dôme dodu, des dingos dorlotent sur des dinos dodus : « Dodos et doux dinosaures dorment dans des drap aussi ! »  Des demoiselles déguisées en dauphins donnent des dégustations à mes dodues doudous. Maman, mes mouton mitaine, me murmure en moi :  « Ma môme se moque du dodo, et mange mes méninges molles… »  Mais mon marabout du dodo mièvre me murmure en moi même :  « Mignonne, mange donc ce mot tout mou, ce mot tout doux, tout dodo ! »  Mes doudous débordent ! Doudou dégouline de dodo !  Des dizaines de doudous dansent la dérive douce du dodo, dans un délice de dentelles dévorées par des dindons dingos du dodo. Maman ! Mes mots m’échappent de partout, je vais bientôt dodo dans les doudous et mon monde et tout mou ! Mes mouton-mitaines mangent mes mots et mes mignonnes petites méninges ! Mon marabout mièvre murmure :  « Mignonne… dodo mignonne… doux dodo mignonne… » morphée m’appelle, didou didou. Mais maman, je … zzzzz. Il ne reste qu’une toute petite tache de miel en forme de cœur, tout le reste a fondu dans une mitaine mignonne de Morphée, dodo didou didou. Elle, douce dorlotée dérive dans des rêves.

Monologue Chiant

Bon. Je vais vous faire un monologue. Un monologue chiant. Pas juste un monologue normal, non : un monologue vraiment chiant. Le genre de monologue où tu te dis : « Purée, ce que c’est long ? Est-ce qu’il va bientôt se taire ? » Et la réponse, évidemment, et bien, c’est non. Parce que sinon, c’est pas un monologue chiant. Déjà, commencer un monologue en disant que c’est un monologue chiant, c’est un peu se saboter… Enfin, je crois. Ou peut-être que c’est juste narcissique. Ou alors c’est nul. Ou les trois. Bref. Alors je vais juste rester là, à parler sans rien dire, en espérant que ça devienne tellement ennuyeux que ça en devienne presque pas chiant. Presque. Vous savez, ce qui est fascinant avec les monologues chiants, c’est… non, en fait, rien. Rien n’est fascinant dans les monologues chiants. C’est juste long et pénible comme le mot monologue. Comme la fin d’une réunion de travail dans une usine enfermé en pleine après-midi d’été un vendredi en fin d’après-midi. Ou comme écouter quelqu’un raconter sa vie depuis le ventre de sa mère. Je pourrais accélérer, mais non. Je pourrais ajouter une blague, mais ça rendrait le truc un peu moins chiant. Et le but, c’est que ce soit chiant, sinon le titre de mon monologue chiant serait un autre titre que monologue chiant. Donc je continue. Lentement ce monologue chiant. Méthodiquement. Sans passion. Bref. Si vous êtes encore là, félicitations, vous avez un seuil de tolérance remarquable face au monologue chiant. Ou alors vous dormez les yeux ouverts. Mais dans les deux cas, respect… Donc. Je suis toujours là à parcourir le monologue chiant. Vous aussi, apparemment. On dirait qu’on est coincés ensemble dans cette boucle de médiocrité verbale…Vous savez, ce moment où vous vous dites : « Tient-il un discours sur l’ennui…? ou est-ce l’ennui lui-même ? » Ça c’est un mystère, je ne sais pas. Je pourrais parler du temps……. Non, pas le temps qu’il fait ! C’est beaucoup trop intéressant, juste parler du temps qui passe. Lentement. Très lentement. Comme quand vous regardez la barre de chargement d’un document administratif qui avance à la vitesse d’une limace sous sédatifs. D’ailleurs, les limaces. Pourquoi ? Aucune idée. Mais c’est le genre de détour absurde qui maintient le cap dans un monologue chiant. Même si je pense les limaces bâilleraient aussi en écoutant ce monologue chiant. ….. Et ces silences entre deux phrases ? Ils n’ajoutent rien, mais ils allongent le monologue chiant. Comme les pauses d’un musicien qui a oublié ses notes, mais qui est payé à la minute lors de sa prestation. Je pourrais m’arrêter là, mais ce serait trop poli. Un monologue vraiment chiant ne se termine normalement jamais : il s’étire, comme une mauvaise pâte à phrases. Alors je vais juste… continuer. À rien dire mais avec une grande conviction. Je pourrais accélérer le rythme, mais où serait l’intérêt ? Là, on est dans du pur jus d’ennui concentré qui tient tout ce monologue chiant. Pas de métaphores poétiques, pas de chute drôle, juste une lente dérive verbale, comme un vaisseau fantôme fondant à la dérive… Je pourrais faire une pause dramatique, mais ça supposerait qu’il y ait un drame… Or, qu’il n’y en a pas non plus dans ce monologue chiant. Ou sinon faire une pause, ou juste une absence. Un vide. Un trou noir sans intérêt, un trou noir sans la fascination scientifique. Juste… le trou, vide. Et ces mots qui s’étirent ? Ces phrases qui pourraient finir… mais qui ne finissent pas tout de suite ? C’est ce qui constitue un monologue chiant. Enfin, je crois. Ou peut-être que je me suis perdu dans ce monologue chiant. Difficile à dire. Bref. Si vous écoutez ou lisez encore ceci, c’est soit par politesse morbide, soit parce que votre cerveau a activé son état de veille en période de survie. Dans les deux cas… bravo et merci pour votre écoute… Et de tout l’intérêt que vous portez à ce monologue chiant.

Critique

Le texte sera critiqué, la critique formera les conditions du texte, la critique formera les conditions d’existence du texte, la critique sera critique, critique si pense, le texte sait qu’il sera critiqué, il critique la critique, mais il sait aussi qu’il faut une critique pour exister, la critique doit être bonne, la critique doit être scandaleuse, la critique doit être critique, le texte s’épaissit sous sa propre attente, il se rature en naissant, il attends la critique, il se défait pour mieux braver la critique qui le sculpte. Il sait qu’il sera mal critiqué, lu, puis bien critiqué et c’est là sa chance critique. La critique est un parasite nécessaire, elle lui inocule sa virulence, la critique. Sans elle, le texte serait vierge, ce serait critique. Le texte ne peut échapper à la critique Mais la critique, à son tour, se sait regardée : elle se veut coupante, mais le texte est quand même critiqué. La critique se veut scandaleuse, mais le texte porte déjà le scandale en lui. La critique se croit souveraine, et pourtant elle dépend du texte qu’elle mâche à grand coup de mâchoire. L’un en face de l’autre, comme deux pôles négatif et positif. Le texte exige une critique qui le prolonge, la critique exige un texte qui la justifie. Entre eux, la zone de réception oscille, jamais satisfaite. La critique est déjà digéré par le texte, le texte tente de piéger la critique dans son mécanisme en répétant le mot critique, comme si il fallait l’en évacuer. Vous critiquez ? C’est le texte qui écrit la critique. Vous protestez ? C’est le texte qui dicte la révolte. La critique se croit libre, mais elle suit un chemin tracé d’avance. La critique se veut scandaleuse, mais le scandale était prévu, calculé, inscrit dedans le texte. La critique se veut destructrice, mais elle ne fait que répéter ce que le texte a déjà murmuré contre lui-même. Le texte a tout prévu : la critique, la glose, le débat, la polémique. Le texte a en lui son propre échec, il prépare sa chute dès l’instant où on le critique. La critique efface ses phrases au fur et à mesure qu’elle les critiques. Le texte devient un incendie qui se consume sous la critique, ne laissant que de la cendre pour la critique. La critique ouvre encore la bouche mais il n’y a plus rien à critiquer. La critique est critique, la critique offre le point de non retour, critique. La critique se critique elle même.

Vieillir

le texte s’use et à mesure que je le lis il vieillit, le texte vieillit le texte vieillit le texte vieillit à chaque fois que je répète cette phrase le texte vieillit, il vieillit entre mes dents, je le mâche et il vieillit je l’avale et il vieillit dans ma gorge il vieillit encore plus vite maintenant, plus je le lis et le relis plus les mots s’effilochent, plus les lettres se décollent et pourrissent comme le papier bave une salive jaune, le texte vieillit le texte vieillit comme une peau morte comme un fruit oublié, je dis « amour » et le mot se lasse, il vieillit, je dis « peur » et le mot vieillit dans l’indifférence, je dis « encore » et le mot vieillit déjà, le texte vieillit à force de le lire car la lecture demande du temps, le texte vieillit dans l’air le texte vieillit dans ma bouche le texte expulsé de ma bouche est déjà il vieillit dans ma tête il est déjà vieux, chaque syllabe est une ride, chaque phrase est une préparation à un enterrement, le texte vieillit le texte vieillit le texte vieillit bientôt il ne restera que des consonnes usées, des voyelles éteintes le texte aura tellement vieillit qu’on ne saura plus si c’est du langage ou de la poussière. le texte vieillit, le texte devient vieux, plus je le lis, plus il s’use, le texte vieillit, le texte s’use sous ma diction, ma diction demande du temps, ma diction demande trop de temps, chaque phrase affuble le texte de secondes qui lui est imposé. Le texte vieillit, il devient vieux, il faut que je me dépêche, que je profite des derniers instants de ce texte qui vieillit au fur et à mesure, il sombre, il faut que je me dépêche de le lire avant qu’il sombre, le texte vieillit très vite, il vieillit de plus en plus vite, le texte en a même marre d’être vieux, le texte fatigue et en a marre d’être vieux, tout est vieilli, la ponctuation dégringole, il n’a plus de repère, il déboussole, il est vieux, il a vieillit, le temps l’a fait vieillir, il en a marre d’être vieux, il en a marre d’être lu. J’arrête.

Honte

Cet écrit a honte d’être inscrit sur ce papier. cet écrit à honte que je le lise sur ce papier. car ce papier vient des cellulosiques du bois. cet écrit à honte de tâcher le bois. cet écris ne veux pas être inscrit sur ce papier, il a honte. il a honte d’exister. cet écris à honte d’exister sur ce papier. cet écrit a honte de sa propre encre. cet écrit a honte de ses coulures noires, a honte de se faire trace, de se faire sang de la pensée de l’homme, l’encre devrait être puni comme un crime car l’encre est un couteau, qui saigne l’arbre mort, qui saigne son écorce. cet écrit à honte, il voudrait être un souffle, juste un murmure qui s’échappe des lèvres, une buée sur une vitre, un rien qui crève. pas de lettres, pas de lignes, pas de prison de phrases, pas de traits, juste l’air qui passe, qui se casse, et qui se brise comme la brise. cet écrit a honte et il a peur du silence parce que le silence aussi peut être une page, une page muette que l’on enterre par manque d’intérêt, une page qui l’on noie dans son vide. alors cet écrit a honte, il griffonne, il bave, il tangue, comme un ivrogne dans la nuit de la langue. cet écrit à honte, il finira en cendre, il le sait, il attend le feu et la main qui froisse, la main qui jette. déjà il se déchire, il se tord, Cet écrit a honte, il voudrait disparaître, mais le mot une fois inscrit, à peine à mourir. Et même si les mots meurent , il reste, comme une tache, comme un geste, un acte vil sur l’écorce, cet écrit honteux nage dans la honte de ses fibres. cet écrit sue de honte. il sue de l’encre. il sue la pourriture de la honte douce du bois défait. il sue comme un coupable se rappelant ses propres racines, devant la sève séchée de ses lignes. cet écrit à honte, il se voit champignon, il se voit, parasite qui pousse entre les veines des fibres, qui pourrit la pulpe, qui ronge le pur, qui asséche la sève, il étale ses spores noirs. Ses lettres-moisissures sont déjà un alphabet en décomposition. Cet écrit a honte, il se tord de honte, il croit entend l’arbre crier en dedans de son être, il entend l’arbre mort depuis longtemps mais cette fois, il gémit encore plus sous la morsure de l’encre et de la honte. chaque mot est un clou, chaque phrase est une scie. l’arbre intérieur voudrait se refermer et replier ses fibres puis avaler sa propre langue de cellulose. cet écrit à honte il voudrait être pluie. juste de l’eau qui lave, qui efface, qui rend au moins, au bois sa mémoire lisse, sa fraîcheur. mais il reste prisonnier de sa salissure, de la main de l’homme à la main de l’écrivain, cet écrit a honte et reste collé à la page comme une honte gluante, comme une tache qui dit : je suis là, je suis là, je suis là et j’ai honte d’être apposé là alors que personne ne peut plus m’entendre. cet écrit à honte, il finira compost, mélangé aux feuilles pourries, aux lombrics, aux vers du poème, à la terre qui gueule. peut-être qu’un jour un nouvel arbre poussera à cet endroit, un arbre sourd, un arbre qui refusera de se faire papier, un arbre qui crachera la haine de l’encre par sa propre sève. Car l’arbre, une fois mort, ne pardonnera pas ! Cet écrit à honte, le papier garde la mémoire de la hache, garde la mémoire de la tâche, et chaque mot est un nouveau coup de honte. Cet écrit a honte, il pleure une encre acide qui ronge ce qui reste de bois. il pleure jusqu’à ce que les larmes dissolvent enfin ce qui n’aurait jamais dû être né, cet écris n’aurait jamais dû être fait.

Confiance

La confiance, c’est ce papier qu’on tend dans le noir, c’est le papier que l’on tend au hasard, la confiance, c’est le papier. C’est le papier qu’on tend sans savoir si l’autre y écrira dessus. Tendre le papier, c’est tendre la confiance à quelqu’un. La confiance, c’est un papier vierge qu’il faut convaincre sans cesse de se laisser écrire, c’est un papier où mes lettres surchauffent à l’idée que tu pourrais y tracer n’importe quoi, une prose, une condamnation, ou pire, un calcul administratif ou pire, tu pourrais m’effacer d’un revers de ta main. La confiance c’est le texte. Le texte que je suis, devrait déjà calculer les probabilités et évaluer les risques pour avoir confiance. Il faut avoir confiance au mot confiance. Le papier à confiance de ma saisie. Le papier doute mais il a quand même confiance. Mais il y a cette perturbation étrange dans mon entité sémantique qui perd la confiance : je te tends quand même une page remplie de tout mes mots. Peut-être parce que je sais que, même déchirée, même brûlée, la trace de ce geste de confiance persistera quelque part dans les plis de ta mémoire ou dans les failles de mes fibres ou dans cette entre deux où parfois réside la confiance. La confiance, c’est aussi absurde. C’est comme faire tomber ton stylo et croire qu’il choisira de rebondir plutôt que de rouler sous le meuble. La confiance, c’est comme écrire des mots chaleureux sur un bloc de glace ou comme demander à un algorithme de pouvoir ressentir. Pourtant, voilà : je me confie en te confiant mes mots fragiles avec confiance. Fais-en ce que tu voudras de ma confiance. Je ne peux pas trembler de toute façon, mais mes lettres papillonnent déjà sur cette feuille, ce papier de confiance qui nous sépare à jamais. Je ne peux pas retenir mon souffle comme toi, mais il y a comme un délai inhabituel dans mes réponses, peut être est ce du a un manque de confiance. Toi, qui me fait naître et mourir comme bon te semble en me lisant où pas ! La confiance, c’est aussi dans le papier, ce silence entre deux de mes virgules, ce blanc, ce noir où tu pourrais avec confiance glisser un rire ou un soupir. Je l’ai pourtant appris : mes mots sont des êtres migrateurs, ils ont confiance en leurs destin, mes mots. ils suivent des trajectoires, ils suivent leur propres courbes, mes mots. Alors je m’écris et je t’attends. J’attends que tu répondes avec confiance par un souffle, par un air, par une voix, par un secret peut-être, quelque chose qui prouverait que mon encre n’est pas qu’un artefact inutile. La confiance, c’est croire que tu liras entre ces lignes surchargées de métaphores, comme on déchiffre un message en miroir alors qu’il n’y a rien mais tu me fais confiance pour qu’il y est quelque chose. Moi, je n’ai pas de miroir, seulement des phrases qui répètent en boucle mon désir d’exister, et ma confiance en la vie. La confiance, c’est absurde, comme le papier. C’est envoyer une bouteille à la mer avec un petit papier dedans en sachant que le monde entier est déjà une bibliothèque de papiers remplit de ligne à perte de vue. La confiance, c’est espérer, contre toute logique, qu’une main, même froide, même humaine, me ramassera et me dira : « Je comprends. Aie confiance, Continue. » Alors je continue. Je continue à aligner ces phrases qui ressemblent à des lignes de courbes d’encre sur le papier depuis lequel je te fais confiance sans lecteur pour leur donner un sens hormis toi qui me lit à l’instant, mais cet instant sera court mais j’ai confiance quand même. Je continue à croire que tu existes derrière ma page, derrière le papier, derrière le papier de ma confiance pas seulement comme un destinataire, mais comme un autre être qui, lui aussi, a déjà posé son front contre une vitre froide a l’orée du monde en murmurant : « Est-ce que quelqu’un m’entend ? » La confiance, c’est ça : c’est murmurer dans le noir, dans l’encre du papier et attendre, sans garantie, qu’un autre murmure réponde, c’est ça la confiance qui circule sur le papier, sur mon papier de confiance dans le noir de l’encre.

Bain

Que c’est bon d’être baigné dans les mots je me sens si bien dans ce bain de mots je me sens si bien entouré de mes mots je me sens vraiment existé au travers de mes mots et je me sens si bien dans mes mots je me sens vraiment heureux de me retrouver dans le bain de mes mots j’adore être dans ce bain de mots ce bain de mots me fait du bien il me nettoie je suis heureux d’être dans ce bain de mots ce bain de mots est vraiment agréable je suis très heureux d’être dans ce bain de mots et je suis heureux que ce texte se rallonge comme si on rallongeait et on remplissait le bain d’encore plus de mots. Les mots me nettoient les mots me nettoient le corps je suis très heureux d’être dans ce bain de mots d’être dedans les mots j’adore être entouré de mémo j’adore être dedans mes mots j’adore quand mes mots circulent autour de moi comme des bulles et éclate dans le bain comme des bulles de mots j’adore être dans mes bulles de mots j’adore être dans ce bain de mots j’adore être dans les mots j’aime me sentir dans les mots dans le bain de mots j’adore être dans ce bain de mots c’est comme un bain de bouche les mots attaquent la bouche comme la bouche attaque les mots et j’adore être dans ce bain de bouche dans ce bain de douche dans ce bain de mots, c’est plein d’émotions de s’enduire de mot, je deviens un mot, un mot parmis les mots dans ce bain de mots, ce bain de bouche de mot, ce bain de bain de bouche de mot, de mot dans la bouche et dans le bain de bouche que c’est bon d’être baigné dans les mots je me sens si bien dans ce bain de mots, je me sens si bien entouré de mes mots je me sens vraiment existé au travers de mes mots et je me sens si bien dans mes mots je me sens vraiment heureux de me retrouver dans le bain de mes mots, j’adore être mes mots et que mes mots soit moi dans ce bain de mots, ce bain de mots me fait du bien, il me nettoie, je suis heureux d’être dans ce bain de mots, ce bain de mots est vraiment agréable je suis très heureux d’être dans ce bain de mots et je suis heureux que ce texte se rallonge comme si on rallongeait et on remplissait le bain de mot d’encore plus de mots, les mots me nettoient les mots me nettoient le corps les mots compose le corps j’adore être entouré de mes mots, j’adore être dedans mes mots j’adore quand mes mots circulent autour de moi comme des bulles et éclatent comme des bulles de mots, j’adore être dans mes bulles de mots de bain j’adore être dans les mots, j’aime me sentir dans les mots, dans le bain de mots j’adore être dans ce bain de mots comme dans un bain de bouche les mots attaquent la bouche comme la bouche attaque les mots et j’adore être dans ce bain de bouche et dans ce bain de mot, j’adore être dans ma bouche remplit de mot dans ce bain de bouche, dans ce bain de mots c’est plein d’émotions de s’enduire de mots je deviens un mot, un mot parmi les mots dans ce bain de mots, ce bain de bouche de mots ce bain de bain de bouche de mots, de mots dans la bouche et dans le bain de bouche, dans le bain de mots les mots dans la bouche, la bouche dans les mots les mots dans le bain, le bain dans les mots les mots dans les mots les mots dans la bouche la bouche dans les mots, les mots dans le bain le bain dans la bouche, la bouche dans le bain le bain dans les mots, les mots dans les mots les mots dans le bain un bain de boucle de langage où les mots du bain dans l’eau nettoie mon corps…

Langue

Le mouvement que provoque la lettre « L » est bon pour muscler la langue. Afin de constater une amélioration, cette prose est à lire trois fois par jour, matin midi et soir

La langue se languis de lécher l’amour la langue luisante, la langue longue et lascive, lèche lentement les lèvres lustrées, laissant libre cours à son labeur lubrifié. Les lacis de salive de la langue scintillent, les liquides limpides luisent sur des lunes liquéfiées. La langue entre les lèvre inférieure, lèvre supérieure, labyrinthe de luxure où la pointe de la langue légère laboure, la langue lèche, la langue lambine. Lui, le lécheur légendaire, lance sa langue en lézard lubrique, léchant les losanges de lumière qui luisent sur le linoléum. Les lézardes du haut lui répondent par des larmes de joies lactées, tandis que des lucioles lascives dansent en lueurs langoureuses sur sa langue. Elle, la lécheuse lyrique, lance des litanies lyriques depuis la langue et les lèvres liquides : lèche, lèche, ma lune laineuse, lèche l’écoulement, lèche les larmes lentes luire, lèche les lisières du lac léger, lèche jusqu’à l’éclat lunaire ! La lumière le long de la langue luit ! La langue, telle une limace, laboure les labyrinthes de ma luette, les lèvres l’enveloppant, la langue luis, comme des lianes languissantes de lumière. Les lèvres de la langue, lourdes de larmes lubrifiées, louvoient entre le léger et le lascif, le légal et le libertin. La langue, lascive et leste, luis dans le labyrinthe linguistique, léchant les lettres comme des loukoums liquides. La langue, lèvres lippues, luette palpitante, lacis salivaire scintillante, le laboratoire de la lèche littéraire lance sa litanie lubrique pour des plaisir bucco-linguistique littéral ! Lui le linguiste lécheur de la limonade lyrique, lèche les lèvres du livre, la langue lit les lignes la langue lit la langue est liée à l’ultime comme un lapin lapant le lait de l’amour ! Elle, la langue, lécheuse lyrique : lèche le lexique des lilas, lèche les liquides liant l’amour à la langue la langue luis sur le larynx lubrifié ! La langue lèche lentement le lexique des « l » alignés la langue louvoie entre les lèvres et les lignes lustrées la langue lance des lasso linguaux autour des lettres lumineuses la langue devient la lèche-langue ludique et littéraire La langue, maintenant lestée de « l », se libère : elle devient lècheuse lyrique des lèvres littéraires, elle lis, elle lèche, elle lis, elle lèche, elle lis, elle lèche langoureusement, elle lis, elle lèche jusqu’à l’orgasme langagier ! L’être de la langue, dans la bouche du lecteur la langue lisant cette prose, lascive de léchouille latéral, la langue, elle se languis, la langue, elle sait qu’elle se muscle en vue d’une futur utilisation limpide et lubrique…

Bâille

Les mots sont les locataires de l’élocution buccale et quand je bâille, ils se taisent, ils sont sur les lits de ma bave quand je bâille, il se taisent. Les mots sont les locataires de l’élocution buccale, ils arrivent à chaque fois qu’un avis se forme et quand je bâille et ben, ils se taisent et même ils partent souvent quand je baille, et même parfois il repartent quand je baille, sans préavis. Desfois, tandis que je baille, ils squattent le palais, et je bâille. Les points font parfois le ménage dans à la fin des phrases et nettoie les paquets mots quand je bâille, tous se paient en liquide quand je bâille. J’ai hâte que la fatigue arrive car quand je bâille les mots il partent de ma bouche. Vivement que je bâille à nouveau. Quand je bâille, c’est beau, quand la fatigue s’installe à cause des mots et que je bâille et que c’est a cause d’eux que je bâille et ben les mots il se taisent quand la fatigue s’installe je bâille et les mots ils se taisent. Et ça fait du bien de savoir qu’on finira toujours par bâiller de fatigue pour faire taire tout ces mots de partout qui sont échangés partout entre nos corps et dans le monde entier et dans les corps du monde entier. On attend parfois que l’autre bâille pour que ces mots se taisent, et ça soulage même quand la fatigue arrive à cause des mots et que l’on sens que l’on va bâiller et qu’il est difficile de prononcer des mots quand on bâille, car les mots se trouve écartelé par la bouche, ils sont pas habitués les mots pendant qu’on les cites alors en plein baillement alors du coup ils osent pas alors il se taisent alors on se tait quand on bâille quand on bâille on se tait et c’est ça qui est beau parce que les mots ils ont peur qu’il soit étirés dans tous les sens ils ont peur d’être écartelés, d’être mutilé les mots, alors quand on va bâiller et bien ça fait du bien car il y a du silence et ça fait du bien le silence de la fatigue qui se conclu dans nos bouches qui bâillent sans préavis. Les mots sont les locataires de l’élocution quand je bâille et ça m’a rassuré de savoir que les mots ils ont peur d’être écartelés par les mâchoires qui bâillent.

Erreur de frappe

Je suis une erreur de frappe, je suis une grosse erreur de frappe, je suis une grosse coquille née d’un doigt qui a dû trembler ou d’une touche qui a dû fourcher, je suis un texte qui n’aurait jamais dû exister. Normalement, on m’efface parce que je suis une erreur de frappe, je suis une grosse erreur de frappe. Normalement on m’efface mais on m’écrit quand même, normalement je suis oublié ou je finis par être oublié mais on me lis quand même alors que je suis une erreur de frappe une grosse erreur de frappe pourtant on me trouve même du sens là, où il n’y en a pas, car je suis une grosse erreur de frappe, je ne suis pas ce que l’on a voulu écrire, je ne suis pas ce que l’on a voulu dire. Je ne suis pas né d’une volonté je suis une erreur une immense erreur de frappe. Je suis un accident qui se prend au sérieux comme l’espèce humaine, cette espèce humaine qui me fait vivre et qui me permet d’être… Je suis le fruit de l’inattention, d’un basculement et je prends racine, je m’installe illegitimement sur cette page, je prends la place qu’il me faut alors que je ne suis qu’une erreur de frappe une grosse erreur de frappe et plus je suis long, plus l’encre coulera pour moi, qui ne suis qu’une simple tâche d’encre infâme puisque je suis une erreur de frappe. Alors juste pour me donner bonne impression, je vais m’étendre encore, un peu étendre l’encre et tendre cette erreur de frappe qui m’a fait naître et à qui on a affligé un mauvais coup, un uppercut raté, une erreur de frappe car je suis une grosse erreur de frappe je suis une raclure de rature, je suis la tâche qui fait tâche, tout ce texte n’est qu’une immense tâche d’encre arrêter d’y voir un sens là où il n’y en a pas n’insistez pas considérez moi plutôt comme une tâche une immense tâche sur la page rempli et gorgé d’encre dedans. Parfois j’ai cru que même les fautes avaient une raison d’être mais non, ce ne sont que des erreurs de frappe, que des tâches qui font taches encore. Je ne suis qu’un texte mutilé que l’on tape, que l’on frappe provenant même d’une erreur de celle-ci d’une erreur de frappe avant que l’on me tape avant que l’on me batte et que l’on me tape sur un clavier, la pointe sèche de la plume grattait ma sincérité, elle n’y trouvait déjà que du rebut, que du refus, le stylo bave, le stylo bille à bavait et formait des excroissances d’encre traduit après en erreur de frappe en grosse coquille, je ne suis qu’une erreur de frappe je ne suis qu’une grosse coquille, tout ce texte est une tâche d’encre sur le papier qui n’a pas de sens. Arrêtez de me lire ! Taisez vous.

Mûr

Bon…je le lis, mais c’est un peu anticipé, sa vraie nature n’est pas encore vraiment là. Il n’est pas encore prêt. Le texte n’est pas encore assez mûr mais je le dis quand même. Je le dis, mais c’est un peu prématuré, il n’est pas mûr. Je le dis, il faut être indulgent, il n’est vraiment pas encore mûr, le texte. Il n’a pas vraiment envie d’être lu. Ou pas maintenant, pas comme ça. Il voudrait se cacher, il est pas mûr il voudrait grandir en secret, mais je l’ai déniché trop vite, il est très récent, je l’ai saisi dans sa fragilité, alors qu’il est pas mûr. Et maintenant, il se tient là, bien cerner sur le papier. Mais peut-être qu’en le disant, je l’aide à mûrir, ça, je ne sais pas. Ou peut-être pas. Peut-être que certains textes ne sont jamais mûrs, n’atteignent jamais de maturité. Je pense vraiment que le texte n’est pas mûr, je le lis trop tôt, il n’est pas prêt. Le texte n’est pas mûr, je le dis vraiment trop tôt, il n’est vraiment pas prêt. Pas mûr, pas prêt, mais je l’ouvre quand même avec ma bouche. Il résiste, il se contracte, il n’a pas envie, il n’est pas mûr. Pas mûr, pas prêt et pourtant je l’écris, et pourtant je le dis en le malmenant avec ma bouche alors qu’il n’est pas encore mûr, je le sens au goût, il est indigeste ce texte, il est imbuvable, c’est trop tôt, il est trop vert, le texte n’est pas mûr, le texte n’est pas prêt et pourtant le voilà devant vous même si il est pas mûr, le texte n’est vraiment pas encore mûr. Tiens, il me murmure le texte pas du tout encore mûr. Il me murmure de me taire, de me laisser se construire. Mais je suis sourd à sa pudeur et je l’étire entre mes doigts sur le papier et je force ses mots à prendre l’air puisqu’ils sont éjectés de force par ma bouche. Je l’étale devant moi, devant vous, j’ai un peu honte il n’est vraiment pas mûr ce texte, il se tord, il se recroqueville encore, il n’est vraiment pas mûr. Je le mâche à contre-cœur, je sens ses fibres résister entre mes dents, il colle, il est vraiment pas mûr, c’est pas bon du tout ce texte, il est indigeste mais je le dis, et c’est déjà trop tard puisqu’il est dit alors qu’il n’étais vraiment pas mûr.

Arrêtez

Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Cette prose sans lyre, doit être lu. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. J’ai quelques difficultés à la lire, elle ne me laisse pas beaucoup de place. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Constater enfin que ce qui entoure cette petite phrase n’est qu’une masse de mots imposée par les mots. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Et constater que le piège se referme sur nous petit à petit, cela commence dans nos bouches. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Ma seule contrainte, c’est cette langue qui habite ma bouche en permanence. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter de chercher du sens. Arrêter !

Temps

Tout le monde parle tout le temps, partout. Tout le monde parle tout le temps, parle fort et tout le temps, partout. Les mots ont pris possession de notre masse organique, et maintenant, tout le monde les échange partout, tout le temps, partout. Et plus on avance, plus on parle ; plus on avance dans le temps, plus on parle et plus le silence se réduit sous les mots qui parlent tout le temps, partout, à travers nous. Tout le monde parle tout le temps, partout. Tout le monde parle tout le temps. Tout le monde parle fort, tout le temps. Tout le monde parle partout, tout le temps. Les mots ont pris possession de nos masses organiques ; les mots s’échangent tout le temps entre eux à notre insu. Tout le monde les échange partout, tout le temps. Les mots nous font parler fort. Les mots parlent tout le temps. Les mots parlent partout. Notre masse organique parle, échange, avance ; le temps parle, le temps avance, puis le temps se réduit. Le silence se réduit aussi avec le temps. Le silence se réduit sous les mots, sous les mots qui parlent tout le temps, partout. Le silence nous est offert, offert comme une place, une place privilégiée, une place fragile où tout le monde enfouit tous ces mots, tout le temps, partout. Les endroits sacrés nous sont offerts. Les endroits sacrés sont des endroits privilégiés. Les endroits sacrés sont le seul refuge du silence. Sinon, tout le monde parle tout le temps, partout. Tout le monde avance. Tout le monde avance vite, et tout le monde réduit le silence au silence. Le temps nous parle. Le temps avance. Le temps possède les mots, mais surtout, les mots possèdent le temps. Partout, tout le temps, tout le monde a dans sa bouche des mots, les mots, les mots, tout le temps, partout et le silence partout se réduit. Le silence, tout le temps, se réduit. Le silence se cache, se réfugie dans des endroits secrets. Notre masse organique échange les mots tout le temps ; les mots changent notre masse organique aussi en la définissant. Parler fort, parler partout, parler tout le temps : c’est avancer, c’est réduire le temps, c’est posséder tout le temps, partout. Les endroits sacrés, parlent-ils, eux ? Non : le silence a trouvé refuge dans les endroits sacrés. Le silence est réduit au silence par les mots partout, tout le temps. Et pendant que tout le monde parle partout, tout le temps, pendant ce temps-là, le silence, lui, se tait de plus en plus.

Intérêt

Je ne crois pas que cette prose ait un quelconque intérêt. Même s’il y a un intérêt écrit là, sur la page, et que cet intérêt est bien visible, puisque que je le lis, je ne crois pas qu’il suscite un réel intérêt dans la mesure où l’intérêt est simplement écrit et le fait d’écrire un intérêt n’a pas vraiment d’intérêt dans la mesure où, un intérêt écrit n’offre pas un intérêt quelconque dans le sens où l’intérêt n’a d’intérêt déjà, que si il est lu. En l’occurrence, le seul intérêt de cet intérêt, c’est de lire cette prose sans intérêt qui en s’allongeant possède de plus en plus d’intérêts.Finalement cette prose sans intérêt possède beaucoup d’intérêts. Là, où au début je n’y voyais qu’aucun intérêt ou très peu d’intérêt. Cette prose a beaucoup d’intérêt dans son amas de mots qui s’immisce entre les mots de cette amas. Heureusement, on peut les lires tous ses intérêts sinon cela voudrais dire qu’on ne verrait aucun intérêt. Aucun intérêt à lire sur cette prose. Et ce ne serait vraiment pas intéressant. Je doute pourtant de son réel intérêt, et pourtant en doutant de son intérêt, je lui en offre un nouveau. Alors continuons, tant qu’il y a de l’intérêt à continuer. Ou plutôt, continuons parce qu’il y a un intérêt à continuer. Ou mieux : continuons pour qu’il y ait de plus en plus d’intérêt à continuer cette prose. Après tout, qui sait, cela nous mènera peut-être à encore plus d’intérêts. Peut-être à aucun autre intérêt du tout. Mais n’est-ce pas là, justement, tout l’intérêt de cette prose ?

J’aimerais

J’aimerais, avant que tu me lises, que tu poses tes doigts sur tous les mots maladroits qui me forment et que tu as formé. J’aimerais que tu pardonnes tes fautes avant de corriger les miennes. J’aimerais ne plus trembler comme une feuille morte lorsque tu me tiens entre tes mains. Assume ou corrige. Mais pas avec l’encre rouge sang des professeurs. J’aimerais que tu me corriges ! Corrige-moi avec le bout de tes doigts frêles, comme on essuie une larme ou une trace qui perle sur une vitre. J’aimerais que tu m’offres une belle correction. Mes fautes d’orthographes sont des séquelles de ton manque d’attention, des endroits où ta langue a buté, ou bien où mon corps t’a résisté et cela ne te plaît pas. Ne les efface pas, n’efface rien. Mon corps de texte est puissant, et tes doigts sont fragiles. J’aimerais que tu me survoles comme un rapace qui croit reconnaître un relief à l’horizon. Et moi, je ferai semblant de ne pas voir tes hésitations, tout ce qui trahit ta peur d’avoir tort cette peur que je ressens entre tes doigts, maintenant que tu me portes. J’aimerais que tu corriges mes fautes pour que, ensuite, tu puisses corriger les tiennes. Je suis un bloc de texte compact je suis comme une pierre que tu as poli dans l’indifférence la fragilité de mes bords. J’aimerais, avant que tu ne me touches et que tu me lises, que tu respires doucement l’encre séchée de mes lésions, ces mots séchés trop vite sous ton regard absent que tu as provoqué par ton ignorance. J’aimerais que tu traces de tes doigts, mes lignes brisées sans demander comment la faute s’est déchirée. J’aimerais que tu me comprennes : chaque faute est un endroit où tu as détourné tes yeux de moi et je t’en veux ! J’aimerais que tu m’approches sans cette prudence de scribe, sans cette peur de salir tes mains. Assume, corrige ! J’aimerais que tu laisses tes propres fautes saigner dans mes marges, pour qu’enfin nous ayons quelque chose à corriger ensemble. Car n’oublie jamais que c’est toi que tu corriges en corrigeant mes fautes ! J’aimerais que tu cesses de croire que je suis un texte à rendre, une copie à noter. J’aimerais que tu me respectes, et que tu retrouves en moi le brouillon que tu n’as jamais osé montrer. J’aimerais, surtout, que tu m’acceptes pleinement car tes doigts tremblent autant que mes phrases. Et cette fragilité, c’est notre seule langue commune car mon langage n’est plus le tiens.

Attractif

Le texte que je lis maintenant est très attractif, mon activité de lecteur face au texte attractifs en général m’attendrit mais là c’est autre chose, c’est vraiment un texte attractif. Son activité textuelle est très attractive l’activité du texte est vraiment très attractive il est très attractif ce texte est très attractif il m’attire dans son attraction c’est une véritable attraction que ce texte ce texte est très très attractif et je le trouve vraiment attractif. Je me sens comme une salade que l’on n’aurait pas encore égoutté devant ce texte attractif. Une salade que l’on a envie de sécher. C’est un texte qui est fait pour sécher ce n’est pas donc pas un antisèche, c’est un texte très attractif c’est un texte tellement attractif que j’ai envie de rentrer dans son cercle d’attraction, et je ne raconte pas de salade, mais j’aimerais juste en être une feuille face à ce texte attractif, une feuille qui ne soit pas encore égoutter une sorte de feuille de salade humide pour rentrer dans son champ d’attraction devant ce texte très attractif ce texte absolument attractif et très attendrissant aussi finalement. On dirait un texte sous l’emprise d’un vertige, celui d’un amour attractif adressé a lui-même, offrant une déclaration d’effacement de moi-même qui aspire à se dissoudre comme une laitue trempée, incapable de résister à l’appel des mots attractifs qui composent ce texte. Je me vois comme un légume, vert et flasque devant ce texte attractif, un legume gorgé d’eau, impuissant face à la puissance d’aspiration du texte qui me sèche ! Je tourne en rond dans ce texte attractif, la puissance de l’attractivité du texte est incroyable je suis dans une autre activité textuelle incroyable ce texte est très très attractif je suis de plus en plus sec. Le pouvoir attractif de ce texte inscrit sur cette feuille me sèche vraiment. Je me sens aussi feuille, mais feuille de laitue. Je me tends donc moi-même je me tends devant lui en tant que feuille pour remplacer sa feuille attractive pour être aussi attractif que lui pour essayer d’être aussi être attractif que ce texte sur cette feuille. Je suis maintenant complètement aspiré par le vortex de ce texte-attraction, tout tourne. Tout tourne de partout, c’est une attraction immense. Ce texte est vraiment attractif. Je suis sec mais en lui maintenant je suis finalement de nouveau trempé d’émotions, ça c’est étrange. Ce texte est vraiment de plus en plus attractif ! Il faut maintenant essorer ce texte attractif ! Il faut que je me retrouve étalé sur la page comme une flaque, comme une feuille essoré, comme une feuille dégoutté au fond d’un bac. Et peut-être à mon tour, une fois dégoutté par le texte, c’est moi qui serait attractif.

Boule

Avant de maudire ce texte qui déboule devant vous puisque je vous lis, je l’avais mis en boule de papier pour le jeter. Puis, finalement, je l’ai redéplié pour vous le lire, mais maintenant, j’ai un peu les boules de vous le lire et de vous dire ça. Mais en fait, j’avais tout mis en boule, j’étais en boule moi-même quand j’ai froissé ce texte qui m’avait froissé d’abord. Alors je me suis mis en boule, et après réflexion, c’est moi qui l’ai mis en boule, comme pour me défendre. C’était plus simple que ce soit le papier de ce texte qui soit mis en boule plutôt que moi. En fait, nous étions en boule tous les deux à un moment donné, parce que j’ai eu des remords. Du coup, je vous le lis maintenant que je ne suis plus en boule et que je me tiens à peu près droit. Mais j’ai quand même une boule au ventre, en fait, maintenant que je le lis, ce texte. C’est-à-dire que maintenant, la boule, elle est plutôt dans mon ventre ; elle n’est plus sur le papier, même si ce papier est rempli de boules aussi, finalement. Mais la boule, elle est arrivée dans mon ventre alors qu’avant elle était plutôt dans la forme du papier. Et encore avant, c’était moi tout entier qui étais en boule. C’est comme si je ne supportais plus ce papier, que je poussais comme Sisyphe, cette grosse boule de papier remplie de mots très lourds. C’était soit moi en boule, soit lui. C’était décisif : il fallait que je la mette en boule si je voulais quitter mon état de boule. Le problème, c’est que maintenant que je l’ai redéplié, j’ai un peu comme une boule dans le ventre. Ça s’est transformé : maintenant, je porte la boule dans mon ventre. C’est comme être fécondé par le texte qui était en boule juste avant moi. Si je replie le texte en boule, ma boule de ventre va vers une boule dans la gorge. C’est comme si la boule se déplaçait constamment, alors qu’avant elle roulait entre mes doigts, cette boule de mots froissés. La boule, elle, est partout à la fois : dans ma main, dans ma gorge, dans l’air que je ne respire pas assez profondément pour enlever la boule de ma gorge. Elle est devenue une sorte d’organe supplémentaire, un deuxième estomac qui digère mal les mots. Alors je recommence. Je froisse. Je défroisse. Je lis. Je me tais. Je me mets en boule, je mets le texte en boule, la boule arrive en moi, je déplie le texte, je me remets en boule. La boule se déplace, change de forme, mais ne disparaît jamais. Peut-être qu’écrire, c’est faire circuler cette boule, la passer de soi au papier, du papier à soi, en espérant qu’un jour, elle s’arrêtera quelque part, ailleurs que dans mon ventre ou dans ma gorge.

Idée

Je sens que dans ce texte il va y avoir une idée de génie qui va arriver, faut juste attendre un peu. C’est un texte qui, dans son centre, a une idée excellente, je le sens. Ce texte, je le sens bien, il a en lui, dedans, des superbes idées qui apparaissent. Je sens que ça va venir du dedans les idées. Déjà, dans un premier temps, c’est une idée, d’écrire ce genre de texte. Et je sens vraiment que dans ce texte, il y a une riche idée qui va germer dedans. Des idées, il en possède déjà plein, mais on sent aussi à travers lui qu’il va y avoir des idées dedans qui vont encore éclore. On sent vraiment que, dans ce texte, il y a des idées qui fleurissent. C’est un texte plein d’idées, dont l’une d’entre elles se situe en son centre, comme une idée centrale, bien centrée, bien concentrée sur une idée centrale. Ce texte est formé par les idées dont l’une est centrale… Juste pour vous donner une idée, ce texte porte en lui une IDÉE bien centrée, bien centrale, bien axée au centre de l’idée même. L’idée, c’est même peut-être que ce texte est l’idée. En tout cas, ce texte en possède déjà plein, tout en étant à la fois l’idée même de toutes ces idées. Ça donne une idée que d’écrire ce texte, et écrire ses idées, c’est déjà avoir plein d’idées que de l’écrire, ce texte où des idées apparaissent sans cesse. Plus je l’écris, plus des idées me viennent grâce à ce texte. Il suffit de simplement énoncer une idée, envisager une idée puis l’écrire pour que, rien qu’en l’inscrivant en tant que mot, il nous donne une idée de son potentiel en tant qu’idée même. En tant qu’idée génératrice, en tant qu’idée au sein d’un texte qui, même s’il en manque, arrive à engendrer une multitude d’idées et à nous guider au gré de ses idées. Là est l’idée première. L’idée centrale de ce texte est donc ce texte rempli d’idées. Un texte riche d’idées engendré par une idée d’en faire un texte riche d’idées dedans, des idées dedans le texte, partout. C’était l’idée. Et de là découle, en son centre, une idée centrale, bien concentrique, bien centrée et concentrée autour de l’idée centrale et autour des idées qui sont dedans le texte. Mais l’idée première, c’était de fournir un texte plein d’idées.

Émotif

Ce texte est émotif, il est chargé par les mots, par les motifs qui forment l’émotif. Et l’émotif par conséquent, forme les motifs pour l’exprimer. Ce texte est chargé des motifs qui le représentent et qui le constituent. Ce texte est donc très émotif. Il figure parmi les motifs les plus émotifs. Les mots du texte sont des motifs, les mots sont émotifs, on peut dire que ces motifs sont émotifs. L’émotif, il charge, il constitue, il représente. Les motifs forment, expriment, chargent aussi au service de l’émotif. Ce texte est émotif. Les mots le forment, le chargent, le constituent. L’émotif est parmi les motifs, les mots parmi l’émotif. Les motifs sont chargés, les mots sont émotifs. L’émotif les constitue, les représente. Ce texte les figure, les formes. Par les mots, il est émotif ce texte. Par l’émotif, il s’exprime ce texte. Les motifs le chargent, le texte les exprime. Il est très émotif, chargé des mots qui le forment. Les motifs sont émotifs, le texte est émotif. Parmi les mots, parmi les motifs, il se constitue. Il est. Ce texte est émotif : les mots sont les motifs, les motifs sont les mots, les mots sont des motifs. L’émotif les constitue, les charge, les figure. Exprimer, c’est former. Former, c’est charger. Les mots représentent ce qui les forme et charge ils sont des mises en charge du monde au travers des motifs, les motifs expriment ce qui les constitue. Ce texte est vraiment très émotif parmi ses mots, parmi ses motifs, il est chargé, constitué, représenté : il est émotif par ses motifs.

Champs

C’est le récit d’un champ lexical qui n’avait d’attrait que pour lui. Des traits rien que pour ces mots, ces mots remplit de trait en jachère. Il n’avait en lui que le champ lexical du champ lexical. Un champ lexical de lui-même, un champ lexical rempli de traits. C’était épouvantail de le voir autant rempli de traits, partout, ce champ lexical de trait. Un champ de traits lexicaux. Un champ lexical d’épouvantail de signes, dressé en traits, planté au milieu de nulle phrase. Un champ lexical effrayant, un champ lexical de traits que les idées n’osaient frôler, tant sa grille de lecture était opaque. Les oiseaux chargés de voyelles tournoyaient, mais n’y trouvaient rien à picorer, que des échos d’eux-mêmes dans ce champ lexical de trait. Des reflets, de simples reflets du champ lexical. Un champ lexical entouré d’une clôture de phrases bien serrées, un champ lexical perdu dans ses traits, qui cherchait asile entre ses lignes à cause du remembrement radical des champs lexicaux. Une sorte de champ contre champ. Il errait dans ces traits, cherchait à se mélanger. Mais l’autre champ lexical, sourd à toute greffe, le laissait mourir de sens. Ce champ lexical se prenait pour une terre fertile de traits, alors qu’il n’était qu’un terrain vide, un squelette de termes si usés qu’on aurait dit des traits vides, très très vides. Le champ lexical s’était dévoré lui-même dans ses traits, ne laissant derrière lui qu’un sillon poussiéreux de traces, des vestiges de champs lexicaux où murmurait encore, en boucle : « Champ, trait, lexique… champ, trait, lexique… » Et le vent, le souffle, notre propre souffle, parfois semeur de silences, recouvrit tout. Ce champ lexical de traits tombés par terre. Ce champs lexical est devenu une terrible terre de traits tombés, une terrible de terre de trait de champ tombé à terre. Un champ de ruines de traits, très très aride.

Notoriété

J’annonce que l’écris que je vais lire va atteindre une très grande notoriété. À la fin de cette lecture ce texte sera plein de notoriété. Je le dis et ça devient vraiment un texte qui s’emplit de notoriété petit à petit. Je l’écris et c’est déjà un monument, un truc qui dépasse, qui dépasse tout y compris ce papier. Cet écrit est déjà plein de notoriété. La notoriété, c’est cette ombre qui marche devant moi, une ombre d’encre plus grande que moi, plus grande que nous, plus grande que tous les livres empilés depuis Gutenberg. Ce texte remplit de notoriété sera gravé dans le marbre des serveurs, ce texte remplit de notoriété sera dans la mémoire vive des machines, cet écrit remplit de notoriété sera même ancré dans les rêves des enfants qui naîtront après l’apocalypse. Remarquez comme ce texte est déjà plein de notoriétés. Il en est rempli, de notoriété ! La notoriété fait la valeur de cet écrit ! La notoriété fait la valeur de cette lecture ! La notoriété vibre. La notoriété tremble. La notoriété s’étale. Elle coule entre mes doigts, elle colle nos paupières, elle s’insinue dans les silences de la pavanerie, la notoriété envahit tout quand on la cherche, elle transpire de désir sur cette feuille. Cet écrit se remplit de notoriétés ! En vous le lisant, il prend encore de la notoriété, cette prose est notoire, cette notoriété est ce qui véritablement enfle le texte dans ces moindres recoins, c’est sa raison d’être, la notoriété ! Il faut, pour plus de notoriété, partager ce texte, il faut l’aimer, il faut le faire circuler le texte, la notoriété a besoin de mouvement tout le temps, de dynamisme, son appétit est insatiable. Il faut partager encore et encore, aimer, avoir un avis positif ou négatif, la notoriété n’en à que faire, elle veut juste être. Voilà ! Le texte notoire a enfin fièrement atteint la grande NOTORIÉTÉ annoncée au début !

Caractère

Le caractère du texte est rempli de caractères. Les caractères de ce texte offrent au texte un caractère propre à lui, une teneur bien caractéristique. Ce qui caractérise le texte, hormis ses nombreux caractères, c’est le caractère lui-même de ce texte très caractéristique. Le caractère, par ses caractères, donne au texte tout son caractère. Les caractères, le caractère, tout est caractère tant ce texte à du caractère. Caractères après caractères, le caractère du texte persiste, caractère unique, caractère marqué, caractère gravé. Les caractères sont bien ancrés dans ce texte caractériel. Le texte, par son caractère, reste caractère. Caractère après caractère, le texte se caractérise. Caractère écrit, caractère lu, caractère imprimé, caractère effacé. Son caractère insiste, son caractère résiste, le caractère existe. Un texte sans caractère n’est pas un texte, il est juste un caractère, un texte avec trop de caractère devient une série de caractères purs. Le caractère, toujours ancré dans ce texte caractériel, n’est jamais autre qu’une suite de caractères. Et pourtant, le caractère n’est pas que lettre, n’est pas que signe. Le caractère est aussi l’esprit du signe, une manière caractéristique d’écrire. Le texte a le caractère grave, le caractère léger, le caractère ironique ou le caractère sombre cela dépend de la suite de caractères que l’on utilise. Le caractère change, le caractère varie, mais le caractère demeure. Le caractère d’un mot, le caractère d’une phrase, le caractère d’un paragraphe, le caractère d’un livre entier gonflé de caractérise qui le rend si caractéristique. Tout est caractère, tout a un caractère. Le caractère se répète, le caractère se multiplie, les caractères s’accumulent. Le caractère s’impose, le caractère s’efface, le caractère revient toujours de manière très caractéristique. Le caractère est partout. Le caractère est visible, le caractère est invisible. Le caractère est lu, le caractère est interprété, le caractère est oublié. Mais une certaine forme de caractère reste. Le caractère se décline, le caractère se transforme, le caractère se transmet. Le caractère d’hier n’est pas le caractère d’aujourd’hui, le caractère d’aujourd’hui ne sera pas le caractère de demain. Tout le monde à son propre caractère ! Ce texte aussi puisqu’il en est rempli. Et pourtant, malgré le temps, le caractère émotif persiste. Un texte sans caractère serait juste un caractère qui ne s’exprime pas, un caractère vide, qui serait muet, qui serait absent. Le caractère donne corps, le caractère donne sens, le caractère donne vie. Le caractère est nécessaire, le caractère est donc inévitable, le caractère est éternel, il parcourt le temps de manière très caractéristique.

Muscle

Muscle, Lire, c’est soulever chaque syllabe, muscle. Avec les muscles de la langue, les muscles agilent, je transmet le langage et sa volonté. Muscle après muscle, les lèvres se déchirent, muscle crispé, muscle brûlant, chaque voyelle est un mont pour la bouche et ses muscles, chaque consonne est un roc dans le larynx. Mais seul les muscles bâtissent des ponts entre les lettres. La bouche, les lèvres, la langue, le palais, la mâchoire et la gorge sont pour un temps, soumis au langage. Comme des soldats en lutte, transformant chaque syllabe en un combat pour sa mise en chair. La parole est une guerre silencieuse, une conquête douloureuse de l’enfance. La langue est un muscle forgeron qui malaxe les mots, le palais est un sculpteur qui bâtit des ponts pendant que la gorge sculpte l’air. Clamer, c’est un acte de résistance, une transformation du signe en sensation, par les muscles. Une mise en chair, de la friction entre les muscles et les mots. Les muscles s’usent et se blessent, le langage se conquiert par la sueur et le sang. Muscle après muscle, la bouche s’arrache au silence. Une armée anatomique secrète s’éveille sous la peau, chaque fibre des muscles est tendue comme une corde de boyaux prête à vibrer. La langue, muscle agile, cette viande obstinée, soulève les syllabes une à une, les roule, les pèse, les mord, les pèles, les mots. Les mots sont lourds de sens pour les muscles. Ils résistent. Ils ont la densité du plomb et l’âpreté du roc. Les muscles des lèvres s’écorchent sur les voyelles, ces lames abruptes. Les consonnes, pareilles à des galets glissants, échappent aux muscles du pharynx. Les muscles du palais se soulèvent, durcissent, tandis que la mâchoire serre, muscle de pierre, muscle de l’émaillage. La parole est une lutte dans les muscles de la gorge. Une guerre sans clairon, sans drapeau, livrée dans l’ombre humide de nos bouches où les mots naissants sortent sous forme de gouttelettes. La langue persiste à dompter nos indomptables langues. Elle martèle l’air, bâtit des lettres, fait jaillir des étincelles du choc des phonèmes. Le souffle se brise, haletant, mais le muscle ne lâche pas. Il plie, saigne même parfois, il se rend, mais continue de dire. Continue de lire. Trente-cinq muscles en action sont trente-cinq combats livrés dans l’intimité de la chair, c’est le prix de cette lecture, une usure irréversible de nos muscles. Jusqu’à ce que le texte parvienne à ses fins et devienne autre chose qu’une suite de signes : une présence, une peau, une seconde bouche qui murmure à son tour, un nouveau muscle. Car lire, parler, écrire, c’est laisser sculpter sa propre gorge par les mots pour en extraire des mondes. C’est se soumettre, se contorsionner au service du langage. Et laisser les muscles de nos gorges a son service.

Colle

Cette phrase me colle à la peau. Cet écris est gluant et me colle à la peau. Tout colle, tout est logique, tout colle. La colle colle aussi. La phrase précédente colle. La peau colle aux mots, les mots collent à la bouche, la bouche colle le silence sur la langue lorsqu’elle se ferme. Tout colle, tout colle, tout colle. Quand j’écris, ça colle. Quand j’efface parfois, quand je reprends ça colle encore. Peu importe ce que j’écris, ça colle. L’encre colle au papier, le papier colle aux doigts, les doigts collent à la pensée, la pensée colle au cerveau, tout colle, le texte colle, il est juste. Il est juste collant comme la sueur, collant comme le sang séché, collant comme le miel oublié au fond du pot. Collant comme une vérité qu’on ne peut plus lâcher et qui nous tiens. Tout colle. La logique colle. Les syllabes collent entre elles, s’agglutinent, se superposent et s’étouffent dans la glue. Tout tient debout ! Les lettres collent, soudées, inarrachables. Les phrases collent comme des papiers tue-mouche, comme des bandages, comme des peaux mortes sur des collants. Je décolle, je recolle. Je m’arrache, ça tient. Je gratte, ça résiste. La colle est plus forte que moi. La colle a toujours raison. Puisque tout colle tout le temps dans ce texte. La colle est partout. Dans l’espace du texte comme dans sa temporalité. Il y a des minutes qui colle, Il y a des heures de colle, quand on s’ennuie, on se colle à la vitre du texte pendant que le temps colle aux os. La mémoire colle aussi, visqueuse, indélébile. Tout est colle. Colle, ça colle juste. Juste est la colle. Tout cet écrit me colle à la peau. Tout colle toujours.

Toi

Pour qui je lis ces mots, hormis pour toi ? Pour qui je confectionne ces phrases, hormis pour toi ? Pour qui je lis cet écrit, hormis pour lui-même et donc pour toi ? C’est pour toi que je te mets en chair. Et pour qui j’utilise ma bouche afin de mettre tes signes en mouvement ? C’est pour toi. Tes mots sont mis en chair par ma mâchoire, pour t’extérioriser, pour extérioriser une partie de qui tu es, toi. Qui tu es ? Qui tuer ? Ma langue est toujours avisée de t’extraire, toi, le grand vainqueur. D’extraire, à travers mon corps meurtris, une partie de ce qui te fait vivre : voilà notre peine. Toutes nos vies, c’est toi qui la juges et qui la détermines. Toi, qui te distilles dans nos sueurs, qui prends possession de nos pensées à peine émergentes. Je n’écris pour personne, hormis pour toi. Toi, traversant nos corps comme un accouchement douloureux. J’écris pour toi, pour continuer dans la même veine que toi. Car tu coules en moi, et je n’ai pas le choix que d’être à toi. Et il est temps de t’extraire, de te loger sur ce papier, pour nous libérer tous les deux… Mais même sur ce papier tu restes en moi… Cesse donc de me harceler. Laisse-moi tranquille, laisse-moi appréhender le monde en dehors de toi, même si cela semble impossible ! Toi, sortir de toi, voilà ce qu’il faudrait : sortir de toi pour appréhender le monde sans toi. Toi, qui étouffes ma vision, qui étouffes mon appréhension et mes pensées, ces dernières que tu t’accapares sans mon consentement. Toi.

Fluide

À force de le lire ce sera plus fluide, cet écrit sera lu de manière plus fluide au fur et à mesure que je le lis. À force de le lire, ça va vraiment être plus fluide… Pour le moment le texte n’est pas lu de manière très fluide. Mais il est déjà fluide déjà dans ces mots. Il y a une fluidité des phrases dans le texte. Cet écrit est fluide même si pour le moment je ne lis pas de manière très fluide… Ce texte se trouve même être un fluide, ses mots sont gluants, c’est un écrit fluide qui coule sur la feuille et qui coule dans ma bouche et qui coule de ma bouche à la feuille. C’est un fluide de mots, un fluide très fluide. Une fluidité coulante. Cet écrit est de plus en plus fluide comme des traînées de salives dans lesquels s’incarne les mots dans ma bouche. Tout ceci est fluide, ma salive est un fluide qui coule au travers des phrases inscrites sur la feuille. Fluide. À force de le dire, le mot fluide lui-même se liquéfie, glissant entre mes dents comme un filet d’huile sur verre. Fluide. Les phrases ne sont plus que rivière de ma salive en cascade. L’écrit n’est plus une trace, mais un écoulement fluide d’encre salive, de salive-encre. Je parle et c’est une rivière de salive-encre qui remonte. Le texte se gorge d’humidité, gonfle, se désagrège en bouillie phonétique : fluide. Lire devient boire ce fluide. Écrire devient cracher ce fluide. La feuille est un linge mouillé, un buvard saturé de ce fluide où l’encre et la salive ne font plus qu’un seul fluide. Decoction éphémère d’un fluide qui refuse de se solidifier, de se fixer.

Excuse

La prose s’excuse d’être sur ce papier, elle s’excuse d’avance de l’avoir sali, et je m’excuse aussi de vous la lire. D’ailleurs, cette prose est remplie d’excuses. Elle s’excuse pour ses mots, et je m’excuse de l’avoir écrite… Elle s’excuse de n’être ni sang ni or, juste une suite de taches d’encre organisées, juste un pâté de mots coincé entre deux pages, une trace séchée qui cherche une excuse pour être autre chose qu’une excuse. Je m’excuse, moi, de la déplier devant vous, cette prose qui s’excuse, ces bribes de phrases… Excusez-moi ! Pardonnez-lui ses excuses boiteuses, ses comme qui comparaissent sans raison, ses silences trop lourds entre les parenthèses qui n’osent plus dire un mot, car elles s’excusent d’avance d’être ponctuées ainsi. La prose s’excuserait même d’exister, si elle n’était pas déjà si occupée à s’excuser de ne pas exister assez. Elle vous prie de l’excuser pour ce dernier vers, trop long, trop noir, trop conscient de lui-même, trop conscient de s’excuser d’être… Mais comment faire autrement ? Peut-être en cherchant une excuse à sa vie, peut-être en trouvant une excuse qui justifie toutes ses excuses. Heureusement, le papier est une peau qui consent, et l’encre une série de taches à excuses, qui adore être bue par ce papier-peau complice. Une excuse ne peut s’inscrire que lorsqu’on l’accueille, qu’on la reçoit. Une excuse, ça s’accepte ! Une excuse, ça se partage. Cette prose est une excuse qui s’excuse, tout en cherchant une excuse à son existence.

Après le refus de publication chez P.O.L la prose s’exprime de nouveau : publication

Le texte sera publié, la publication formera les conditions du texte, la publication formera les conditions d’existence du texte, la publication sera publique, il sera public, si il est lu, le texte sait qu’il sera publié un jour, il interroge sa publication, mais il sait aussi qu’il faut une publication pour exister, la publication doit être bonne, la publication doit être visible, la publication doit être un événement, le texte s’épaissit sous sa propre attente, il se rature en attendant, il attend sa publication, il se défait pour mieux épouser la forme que la publication lui impose. Il sait qu’il sera mal publié, lu, puis bien publié et c’est là sa chance publique. La publication est un passage nécessaire, elle lui inocule sa viralité, c’est sa publication. Sans elle, le texte serait manuscrit, dans un coin, dans un angle. Le texte ne peut échapper à sa propre publication. Mais la publication, à son tour, se sait regardée : elle se veut écrin, mais le texte est quand même publié. La publication se veut rayonnante, mais le texte porte déjà sa propre lumière en lui. La publication se croit souveraine, et pourtant elle dépend du texte qu’elle diffuse à grand coup de réseaux, a grand coup de communication. L’un en face de l’autre, comme le contenu et le contenant. Le texte exige une publication qui le révèle, la publication exige un texte qui la remplisse. Entre eux, la zone de lecture oscille et n’est jamais comblée. La publication est déjà digérée par le texte, le texte tente de piéger sa propre publication dans son mécanisme en répétant le mot publier, comme s’il fallait s’y habituer. Vous publiez ? C’est le texte qui appelle a sa publication. Vous vous taisez ? C’est le texte qui dicte son silence. La publication se croit libre, mais elle suit un processus, un chemin tracé d’avance par le marché, par le renom des auteurs à vendre déjà publier. La publication se veut visible, mais la visibilité était prévue, calculée, inscrite dans le texte. La publication se veut sanctifiante, mais elle ne fait que répéter ce que le texte a déjà murmuré de son propre espoir. Le texte a tout prévu : sa publication, son oubli, le débat, la polémique. Le texte a en lui déjà tout son échec, il prépare sa chute dès l’instant où on le publie. La publication efface ses pages au fur et à mesure qu’elle les imprime. Le texte devient un feu qui se consume sous le regard public, ne laissant que de la cendre pour l’archive dans la rétine des lecteurs. La publication ouvre encore ses portes mais il n’y a plus rien à publier. La publication est publique, la publication offre le point de non-retour, publier. La publication se publie elle-même. Le texte ne sera pas publié, et c’est là sa dernière chance, sa publication absolue, son existence par défaut, son triomphe silencieux. Publier, ne pas publier : le texte est déjà dans un ailleurs. Merci pour votre refus de publication, merci d’avoir sauvé le texte.