Projet Noise Tribe

À la frontière entre la musique autochtone et la musique expérimentale.

Axe défini : Communiquer des connaissances recherchées de manière plus immersive, par l’intermédiaire de l’expérience sonore (Quintessence émotionnelle). Créer des expériences sensorielles qui peuvent amener à l’expérience intellectuelle.

En ce qui concerne mon point de vue sur la musique, je dis souvent : je ne veux pas forcément vivre de la musique mais je veux que la musique, elle, vive et nous fasse vivre.

La musique dite « autochtone ».

La musique autochtone d’Amérique du nord joue un rôle important dans la préservation de la culture et de l’identité autochtone des natifs, tout en favorisant une meilleure compréhension et appréciation de ces communautés. Elle est également un moyen pour les artistes autochtones d’exprimer leurs préoccupations, leurs défis et leurs espoirs. Mon but, à la suite d’une immersion pendant cinq semaines durant l’été 2024 au sein des communautés autochtones canadiennes, est toujours d’approfondir mes connaissances autour de leurs coutumes, leurs rituels, leurs croyances, leur vie, etc. Au Canada, le tambour et les chants sont omniprésent, la présence de la flûte est beaucoup plus discrète voir inexistante tant elle est réservée pour la sphère intime à l’orée des Pow wow…

Photo prise à Listuguj, Août 2024

Flûtiste des premières nations, quelques références :

Composition ambiante du flûtiste Joseph Firecrow
Composition de la flûtiste Mary Youngblood
Algonquin du flûtiste Timothy Archambault
Nathalie Picard, flûtiste de la communauté des Hurons Wendat avec une approche plus libre dans l’interprétation

La musique expérimentale.

La musique expérimentale utilise souvent des techniques de production sonore avancées et innovantes. Des outils tels que les synthétiseurs, les effets sonores, les échantillonneurs et les boucles peuvent être utilisés pour expérimenter les sons et créer des textures sonores uniques qu’il ne faut pas hésiter à provoquer, à déranger avec des techniques liées au hasard, afin de développer l’idée d’une contingence sonore surprenante et aléatoire. Ma pratique musicale développe de plus en plus l’intérêt pour les paysages sonores rendus abstraits influencé par une posture sonore héritière de l’écoute réduite, technique initiée par Pierre Schaeffer.

Synthetiseur analogique Arturia

Quelques influences :

L’incontournable Cage
Oeuvre magistrale de Michèle Bokanowski
Requiem de Michel Chion dont je fus l’élève => A propos
Mengelberg et Bennink : pure free jazz
Solo de Fred Frith

Influences noise :

Fred Frith – El Maestro
Influence noise : la légende, Lou Reed
Merzbow, musicien japonais bruitiste et xp
Enregistrement de Boris et Merzbow : un rock noise puissant.
  • Problématiques soulevées.

Comment concilier le respect des traditions culturelles et l’exploration créative dans le domaine sonore ? En d’autres termes, comment pouvons-nous fusionner des genres musicaux totalement différents tout en préservant l’intégrité et l’authenticité d’une tradition ancestrale ? Comment créer un langage musical cohérent et significatif lorsque l’on fusionne une tradition musicale aussi distincte, aussi ritualisée avec des phénomènes liés à l’expérience sonore ? Cette question soulève la notion d’identité musicale et la manière dont elle peut se construire et se préserver dans un contexte d’expérimentation.

Lorsque l’on combine des genres musicaux, il est important de considérer comment les éléments caractéristiques de chaque genre peuvent coexister et s’harmoniser. Il est aussi question d’une redéfinition et d’un élargissement des frontières sonores. Comment pouvons-nous repousser les limites à partir d’une tradition musicale tout en préservant son essence et sa profondeur initiale ? Est-ce possible ? En d’autres mots, comment pouvons-nous tenter de créer de nouveaux langages musicaux qui reflètent notre monde en mutation, tout en honorant et en respectant les traditions ? Car ce mélange, dans le cas présent, instaure d’emblée un enjeu éthique pour une telle investigation. Il faut beaucoup de respect pour éviter toute appropriation culturelle afin d’ouvrir de nouvelles perspectives artistiques et sonores avec une certaine déontologie.

Lorsqu’on explore les enjeux d’un mélange entre la musique expérimentale et les musiques autochtones, on se confronte à une convergence intéressante entre deux univers musicaux distincts. La musique expérimentale est souvent caractérisée par une recherche de nouvelles formes d’expression et de relations sonores, tandis que les musiques des natifs sont profondément ancrées dans la culture, l’histoire et les traditions des communautés autochtones. Par conséquent, cette fusion soulève des questions complexes et délicates, car elle concerne la préservation de la culture, le respect des traditions et la représentation juste et authentique des voix autochtones. Quelles sont les limites à ne pas franchir lorsqu’il s’agit de mélanger des traditions culturelles ? Finalement, la question philosophique sous-jacente est donc celle de la juste représentation et de l’équité dans le domaine artistique : comment pouvons-nous favoriser la participation et l’autonomisation des artistes autochtones tout en encourageant la créativité et l’innovation dans les arts sonores ?

  • Enjeux de cette exploration musicale.

L’enjeu esthétique dans ma démarche est de créer des expériences sensorielles, émotionnelles et intellectuelles à travers cette musique. Il s’agit de chercher à produire une œuvre sonore qui soit esthétiquement chargée, originale et qui suscite l’émotion, l’émerveillement ou l’inverse, ainsi que la réflexion chez l’auditeur. Pour aller plus loin, on peut même envisager une nouvelle forme de réception pour le public toujours attaché à un principe d’écoute collective, ce qui peut aboutir à une remise en question de sa condition d’auditoire parfois par l’intermédiaire du son. En d’autres termes, interroger l’expérience de l’écoute dans sa divulgation. Cette démarche sonore, je l’espère, suscitera des réactions émotionnelles et intellectuelles intenses, permettant ainsi au public de s’engager et de s’interroger sur les idées sonores présentées et, par conséquent, permettre au public de repenser et de questionner sa relation à la musique, qui peut servir ainsi de catalyseur pour l’exploration de nouvelles idées et de nouvelles perspectives.

Influence autochtone possible dans l’expérimentale.

(Proto-nation et proto-récit).

Invoquant des images mentales, la musique est une forme de proto-récit, où se canalise une certaine essence des émotions. Elle s’exprime en nous par une sorte d’immédiateté, une forme d’authenticité, au seuil du sacré. Les instruments traditionnels autochtones tels que les tambours, les sifflets, les flûtes et les hochets peuvent être intégrés à la musique expérimentale pour apporter des sonorités authentiques et des rythmes traditionnels dans le cas de ma recherche musicale, ce sont les flûtes et les tambours que je privilégie. Ce qui permet un retour direct à une forme concrète et acoustique si l’on pense à l’influence de l’écoute causale.

Les chants traditionnels autochtones peuvent toutefois être intégrés dans la musique, en utilisant des techniques de superposition et de traitement vocal pour créer des harmonies complexes et des effets sonores. Ma pratique s’alimente d’une collecte sonore, des sons concrets pour des échantillons, des montages ou des inspirations. Les musiques autochtones sont souvent fortement liées aux lieux et aux environnements naturels. L’incorporation de paysages sonores, tels que des enregistrements de nature, de chants d’oiseaux ou de bruits environnants spécifiques à la région autochtone, peut ajouter une dimension contextuelle et immersive à la musique entreprise. D’après mon ressenti lors des pow wow, on peut également soulever cette idée que la musique autochtone est une transcription sonore d’une certaine représentation du sacré et de la sagesse qui découle souvent du respect et de la spiritualité profonde qui sont souvent associés à ces traditions (généralement cohérentes avec certaines croyances animistes). Les musiques autochtones sont souvent enracinées dans une relation étroite avec la nature, l’histoire et la communauté, et elles sont souvent utilisées dans des contextes cérémoniels et rituels. D’un autre côté, la musique expérimentale est souvent associée à l’exploration de nouvelles possibilités sonores, à la remise en question des conventions musicales et à la recherche de formes d’expression non traditionnelles. Il est important de reconnaître que ces deux approches musicales, bien que différentes, ne soient pas fatalement opposées ou en conflit. Je reste persuadé que des rencontres entre différentes traditions musicales peuvent créer des espaces où des idées et des expériences se croisent, se nourrissent mutuellement et génèrent de nouvelles perspectives esthétiques.

Influence expérimentale dans les musiques autochtones.

Le tissage sonore composé de texture bruitiste, de murs sonores, réinstaure un certain paysage sonore abstrait comme pour sous-entendre une certaine inaccessibilité de l’oreille en invoquant des sons analogiques ; des sons possédant des formes d’intemporalités, d’abstraction, de perte de repères. Une inaccessibilité pouvant représenter, par un jeu interprétatif, à une certaine forme insaisissable d’un lien sacré et profond provenant de leur musique ; et ainsi explorer une certaine tessiture des mondes pour reprendre les mots de Steven Feld. Des phénomènes de polyrythmie ou de rythme impair peuvent être mis en place, de même que le collage sonore, etc. Il n’est pas impossible d’avoir recours aux formes les plus inaudibles de la noise qui permettra d’atteindre de manière cathartique, une certaine brutalité, comme un conditionnement nouveau provoquant une extorsion de l’auditeur dès lors dérangé, comme déraciné d’une certaine quiétude initiale par des expériences au seuil de l’écoute ; l’idée étant toujours de créer des tensions, des ruptures et des silences au milieu de textures sonores distordues complexes ou toniques. La musique expérimentale est aussi liée à des « communautés » internationales de personnes, à une forme de « niche » qui n’hésite pas à ritualiser à leur manière les modalités de monstration de leurs œuvres sonores comme par exemple l’acousmonium dans la musique concrète. L’idée est d’expérimenter, de faire, de provoquer.

  • Entre tradition sacrée et innovation profane : autre enjeu de ce mélange.
Carte du Québec

Lors de l’année 2024, j’avais ressenti en moi la vive nécessité de partir à la rencontre des peuples natifs afin d’apprendre, de comprendre, d’être en immersion, d’appréhender les symboles et archétypes sonores dans le plus grand respect.

Je vous livre ici mon récit de voyage : Un naif chez les natifs, 2024

Cette rencontre interroge la manière dont la musique contribue à la construction d’une identité culturelle et d’une mémoire collective. Elle soulève des questions sur l’importance de la transmission des traditions musicales, la création de nouvelles formes d’expression, et la manière dont la musique peut refléter et façonner notre compréhension de nous-mêmes et de notre place dans le monde. Je reste persuadé que la musique peut élargir notre compréhension « intime » du monde.

La rencontre entre la musique autochtone et expérimental met en jeu les notions de sacré et de profane, ainsi que la manière dont elles se manifestent dans la musique. Elle soulève des questions sur les différentes formes de spiritualité, la signification culturelle de la musique, et la relation entre l’individu et une certaine approche du divin. Traditionnellement, et de mon point de vue « européen », la musique autochtone semble souvent teintée de spiritualité et de sacré. Elle est utilisée dans des contextes cérémoniels et rituels, où elle joue un rôle significatif, dans une connexion parfois liée à héritage animisme : avec les forces de la nature, les ancêtres et les divinités. Ces musiques sont souvent perçues comme porteuses de sagesse et de spiritualité, profondément ancrées dans les croyances et les pratiques culturelles des communautés autochtones.

D’un autre côté, la musique expérimentale, comme vu précédemment, est souvent associée à une exploration de nouvelles possibilités sonores et à la remise en question des conventions musicales et à une approche plus conceptuelle, matérialiste et parfois théorique. Elle peut s’éloigner des codes musicaux alors établis dans un contexte et à une époque donnée. Ainsi, en s’opposant au paradigme, elle cherche des formes d’expressions novatrices, en dehors d’une certaine forme de tradition. Cette musique peut être perçue comme plus « profane », c’est-à-dire moins liée à une dimension spirituelle ou religieuse, mais de manière plus pragmatique à des recherches analogiques rigides.

En fin de compte, cette rencontre entre les traditions de la musique autochtone et l’innovation de la musique expérimentale offre une occasion d’élargir notre compréhension des dimensions spirituelles de la musique et de remettre en question les catégories établies ; même s’il faut toujours garder en tête qu’il est nécessaire de prendre en considération les perspectives et les croyances des communautés autochtones, de travailler en collaboration avec elles, et de s’assurer que cette exploration respecte leurs pratiques et leurs traditions. Au fond, j’aspire qu’en réinterprétant les musiques autochtones d’une manière expérimentale, ce projet ouvre de nouvelles perspectives sur la diversité culturelle, l’identité, la mémoire et la relation entre l’individu et une certaine forme du sacré.

Voici quelques tentatives sonores :

Sérendip 1
Sérendip 2
Sérendip 3

Canalisation sonore :

Canalisation structurelle en La# d’une expérience sonore inspiré de l’invocation de Moondog …
  • L’idée d’une double « exploration ».

Dans ce projet sonore, il y a une double exploration.

Cette image est générée par une technologie digitale et ne reflète en rien la réalité du terrain …

Une exploration dans le contexte des peuples autochtones, de l’appréhension de leur culture, l’exploration fait partie intégrante de la recherche de sens, de liaisons spirituelles et de l’évolution des communautés autochtones. Sans vouloir trop idéologiser le projet, beaucoup de ces communautés cherchent à préserver et à rétablir leurs pratiques culturelles traditionnelles qui ont été perdues ou érodées sous l’influence de la colonisation. Cette exploration implique souvent de rechercher des connaissances ancestrales, de se reconnecter à la terre et à l’environnement, et de chercher des moyens de transmettre ces savoirs aux générations futures tout en prêtant une écoute attentive à leurs messages et à leur environnement sonore, c’est dans le fond, un travail d’écoute globale et immense. Une exploration dans l’expérience sonore, au seuil parfois de la dissonance voire de la douleur provoquée par le seuil de tolérance auditive, liée à des expériences plus proches des contextes de la noise.

Dans les deux cas, une certaine forme d’ « authenticité » réside dans cette double quête, cette double exploration d’une expression sincère et véritable qui reflète les visions, les expériences et les idées de mon parcours. Elle implique une connexion profonde avec les émotions, les valeurs et les inspirations, et elle peut être perçue comme une forme de vérité qui transcende les attentes et les conventions prédominantes. L’idée est toujours de conduire à des découvertes inattendues et à la création de nouvelles formes d’expression sonore afin de toujours explorer des thèmes et des idées plus profondes, et de communiquer des émotions et des expériences à travers le pouvoir de ce langage universel attribué au son. Par conséquent, l’exploration est un élément-clé à la fois dans la culture des peuples autochtones et dans l’expérience sonore. Elle repousse les limites, favorise la réflexion et encourage la créativité et l’innovation. Que ce soit dans la recherche de sens et de connexions culturelles ou dans la recherche de nouvelles formes d’expression sonore, l’exploration est une force motrice essentielle pour la préservation de la diversité culturelle et pour l’évolution de l’expérience sensible humaine.

Cette pratique sonore a pour aspiration d’offrir une perspective singulière sur l’expression musicale et invite les auditeurs à se reconnecter avec leur propre capacité d’exploration, d’abstraction et d’authenticité dans leur expérience de la musique.

De toutes ses expériences sonores découlera un projet plus construit en vue de l’élaboration d’un album, résultant de l’expérimentation et de l’écoute. Cette formation est un groupe de musique et se nomme Oria Oskana, vous trouverez un récapitulatif ci-dessous de la totalité incluant le projet Oria Oskana comme étant la face visible d’un iceberg conceptuel.

Pour plus d’informations sur le projet : Oria Oskana